Si vous ne connaissez pas Rabat et
que vous souhaitez visiter sa médina, il faut tout de suite dissiper
un malentendu. Ne comptez pas retrouver ici tout ce que vous avez
lu, vu ou connu de la médina de Fès (IXème siècle) ou même de Marrakech
(Xème
siècle). Les médinas
de Fès et de Marrakech, ainsi que celle de Tétouan, inscrites
au patrimoine mondial de l'UNESCO sont tout simplement
exceptionnelles et vous ne retrouverez cette dimension dans aucune autre
ville du Maroc
.
En
revanche, si vous souhaitez vous imprégner de l'atmosphère d'une
médina traditonnelle comme il en existe de nombreuses
au Maroc et dans le Maghreb de manière générale, visitez celle de
Rabat, elle vous comblera.
Bordée au nord par le Bouregreg,
protégée de l'océan à l'Ouest par les murs d'enceintes de la Kasbah
des Oudaya, elle est ceinturée à l'Est par les murailles Almohades,
et au Sud par le mur des Andalous qui sépare la ville
nouvelle de la ville ancienne.
Rares sont les médinas
aussi bien protégées que celle de Rabat. Ce
sont les Moriscos, ces Andalous chassés d'Espagne par Philippe III
au XVIIème siècle et réfugiés à Rabat qui ont créé
la médina.
Ouverture
créée à côté de la porte Bab El Had
Le territoire
situé à l'intérieur de l'enceinte Almohade étant trop vaste et trop
difficile à défendre, ils ont érigé un mur, le "mur des Andalous" long de
1400 mètres, et ont nommé aussitôt ce nouvel espace "Salé le Neuf" par opposition
à "Salé le vieux" (l'actuelle Salé).
A
l'Est, le long des murailles Almohades du XIIème siècle édifiées
par Yacoub El Mansour, on pénètre dans la médina par deux portes
monumentales, Bab El Alou et Bab El Had.
Le
Mur des Andalous et le marché central
Le long du Mur des
Andalous (actuelle avenue Hassan II), plusieurs portes ont été percées
mais seules deux portes sont dans leur état initial. La
plus typique et la plus élégante est Bab Chellah qui vous plonge
au coeur de la médina.
La médina n'a pa subi de modifications
majeures depuis sa création.
Le long du mur des Andalous
La porte Bab Chellah
Les
échopes tout autour du marché central
En
faisant de Rabat la capitale du Maroc, Lyautey, comme dans les autres grandes
villes du pays, n'a pas souhaité modifier l'aspect de la médina.
Il
a imposé à Henri Prost, le grand urbaniste du protectorat, de ne pas toucher
à ces quartiers. Ce souci de ne pas détériorer le patrimoine architectural
et culturel du Maroc était à son honneur, mais il a eu un grave inconvénient.
En séparant
villes européennes et médinas, on a rejeté à l'extérieur des
villes les populations nouvelles venues des zones rurales et qui
n'ont pas trouvé de place à l'intérieur des médinas. Les
bidonvilles, le mal actuel du Maroc, sont nés pendant le protectorat et
sont, malheureusement, une conséquence de cette politique.
Quelques modifications ont
cependant été apportées à la médina de Rabat, notamment lors de
la création à l'emplacement de l'Ousaa, marché
local traditionnel, d'un marché couvert à l'occidentale. Une partie
du mur Andalou fut détruit à cet effet pour créer une ouverture
vers ce marché, depuis l'avenue longeant le mur des Andalous.
Le marché
central construit au début du XXème siècle subsiste encore et offre
une alternative au souk traditionnel.
La porte
Bab El Had à l'intérieur de la médina et une des nombreuses
mosquées de la médina
Rue Souika et mosquée Jamaâ El Kebir
Rue
Souika et Souk Sebbate La
médina a une superficie d'environ 50 hectares, il est donc
facile de s'y repérer et de s'y déplacer
sans prendre le risque de s'égarer. Ici, point n'est besoin de
guide, et personne ne vous le proposera.
Trois rues principales
traversent la médina : une rue parallèle au mur des Andalous, la
rue Souika qui devient rue du Souk Sebbate, et à
ses deux extrémités deux voies perpendiculaires, la rue Sidi Fatah vers le Boulevard
El Alou, et la rue des Consuls qui vous emmènera à la casbah des Oudaya.
Rabat
n'est pas dépourvue de centres commerciaux occidentaux (l'hypermarché
Marjane et des supermarchés à l'Agdal). Pourtant, les Rbatis sont
encore nombreux à emprunter cet axe commerçant qu'est la rue Souika
(petit souk) et Souk Sebbate (souk aux chaussures).
Les
touristes lui préfèreront la rue des Consuls. Bordée d'échopes de
marchands et d'artisans, de kissaria, elle propose des articles nettement moins chers
mais tout aussi jolis qu'à Fès ou Marrakech.
Début
de la rue Souika depuis
rue Souika et mosquée Moulay Slimane
porteur d'eau à la fontaine de la rue
Souika
rue Souika, marchand d'épices
Rue
des Consuls La
rue des Consuls a une histoire et c'est ce qui lui donne son charme.
Cette rue est ainsi nommée parce que les diplomates étangers étaient
tenus d'y résider au XVIIème siècle.
A cela une explication
simple : à cette époque l'activité principale de Salé le Neuf (Rabat)
était la piraterie et la prise d'esclaves. Ces derniers étaient
vendus aux enchères sur la place du Souk El Ghezel (devant les Oudaya).
Mais les captifs chrétiens ne devenaient pas (en principe) esclaves.
Selon un traité signé avec le Sultan, ils devaient être rachetés
par les diplomates de leur pays qui disposaient alors d'un budget
pour ces rachats. Pour des raisons de commodité, ces diplomates
se trouvaient donc à quelques dizaines de mètres du lieu de
"négociation". Cette rue déjà très active était une des rares à être pavée.
Louis Chénier, le père du poète André Chénier y
fût représentant du Roi de France de 1768 à 1781. La négociation
des rachats de captifs était sa principale activité et il
y excellait même tellement que le Sultan, excédé, le renvoya en
France manu
militari.
A partir
de la
rue des Consuls, débouche un certain nombre de ruelles abritant de petits ateliers, permettant ainsi à des artisans de maintenir
leur savoir-faire et leur art, dans des conditions souvent difficiles.
C'est toujours avec la gentillesse caractéristique des Rbatis
qu'ils vous recevront et vous feront visiter leur atelier.
Tous
les objets ci-dessous ont été fabriqués ici, dans les ateliers de
la médina.
Bab
El Bahr et la rue Sebbaghine
En prolongeant
la rue des Consuls par la rue Oukassa, vous vous trouverez
dans l'ancien quartier juif du Mellah, à la pointe de la médina, où
vivaient autrefois plusieurs milliers de juifs. Ils ont désormais
pratiquement tous quitté ce quartier et la plupart sont partis vers
Israel, après la fondation de l'Etat Hébreu dans les années 1950.
Sur votre gauche
en venant des Oudaya, vous pourrez aussi
emprunter la rue Sebbaghine ou rue des teinturiers (photos de droite)
et par une des plus anciennes portes de la médina, Bab el Bahr,
la "porte de la mer", vous donnerez sur l'ancien port de Rabat, mais
une avenue qui longe le Bouregreg a remplacé le port. C'est par
cette porte que les étrangers venant de l'extérieur, de Fès ou de
Marrakech, débarquaient directement depuis le fleuve.
La
rue Sidi Fatah
Cette
rue part du quartier du marché central et arrive jusqu'au boulevard
El Alou. Elle n'est commerçante que dans sa première partie où elle accueille magasins de vêtements et kissaria de bijoutiers.
Les familles nobles de
Rabat y avaient leurs demeures.
La rue porte le nom d'un Saint, Sidi Fatah, venu d'Andalousie au XVII
ème siècle.
Cette rue est celle qui abrite le plus de
marabouts et de mosquées, certaines très discrètes qu'on devine
à peine. La plus célèbre et sans doute une des plus élégantes de
tout le Maroc est la mosquée Moulay Mekki, avec son minaret octogonal,
le seul ainsi conçu de tout le Maroc.
On pénètre dans cette
mosquée par un de ces multiples passages couverts qui constituent
la particularité de la médina de Rabat. A proximité immédiate de
la mosquée, se trouve le marabout du Saint Sidi Mohamed Ben Thami
el Ouazzanile avec son toit en tuiles caractéristique.
L'entrée
de la mosquée Mekki, ici sur la photo de gauche, est remarquable
par le travail de sculpture des boiseries et des peintures
multicolores de son auvent et de son plafond. Il faut préciser
qu'ici
vous êtes dans le quartier des ébénistes et des menuisiers.
En remontant
vers le boulevard El Alou, vous pourrez admirer quelques unes de
leurs oeuvres que les artisans exposent volontiers au public,
fiers de pouvoir témoigner de leur art ancestral.
La
médina de Rabat n'est pas une médina classée. Elle n'est peut-être pas le cœur historique de la ville
de Rabat, mais c'est sans nul doute ici que vous y trouverez son
âme.