Le Chellah, nécropole Mérinide de Rabat


Chellah de Rabat, nécropole Mérinide

Bâtie sur les ruines de l'ancienne cité Romaine de Sala Colonia, cette nécropole baptisée par les guides "plus romantique site du Maroc", n'a pas toujours bénéficié de l'engouement qu'elle suscite de nos jours.

A l'écart de la Ville ou plutôt hors de l'enceinte Almohade, situés au sud le long des marais et du BouRegreg, les vestiges de cette nécropole Mérinide du XIIIème siècle furent pendant longtemps, comme la Tour Hassan, laissés à l'abandon. Cet édifice détruit par le tremblement de terre de 1755 et dépouillé des ces matériaux les plus nobles par les pillards, est ainsi resté à l'état de ruines pendant plusieurs centaines d'années.

Ce site est désormais classé et protégé par les autorités Marocaines, qui ont saisi tout l'intérêt historique et touristique de cet endroit à nul autre pareil. Cerné par une urbanisation envahissante, il est pourtant à l'écart des constructions du quartier moderne de Souissi tout proche qui ne le dénaturent pas.  


Porte octogonale de Chellah

 le minaret de la mosquée de Chellah

les ruines de la Zouïa de Chellah


Aprés avoir franchi, par la célèbre porte octogonale très bien restaurée, les murailles érigées par le sultan Abou al-Hassan Ali, vous descendrez le long d'un agréable chemin dallé bordé d'arbres d'essences variées et de fleurs odorantes.

Au printemps, le site en pleine floraison est tout simplement féérique.

A la tombée de la nuit, le décor est spectaculaire voire impressionnant, et l'on comprend mieux pourquoi cet endroit suscite mystères et légendes.

les cigognes de Chellah

porte d'accès à l'oratoire de la Zaouïa


T
rès vite, si vous êtes à la bonne saison, vous entendrez les cigognes et leur claquement de becs assourdissant par moment. Les cigognes qui avaient déserté le site sont revenues.

Des esprits chagrins vous diront qu'on a tout fait pour qu'elles reviennent, mais peu importe, elles sont bien là, et on espère pour très longtemps encore, puisqu'elles semblent s'y plaire.

L'étrangeté de ce site tient sans doute au fait que la nécropole fut érigée à proximité immédiate des vestiges de l'ancienne cité romaine. Pourquoi ? Nul ne le sait vraiment, mais sans doute le lieu véhiculait déjà ses légendes.

C'est le premier sultan Mérinide Abu Youssef Yakoub qui choisit très précisément ce lieu et qui décida de construire une mosquée au milieu des ruines de Sala. Il y fut enterré en 1286 ainsi que sa femme et après lui quatre de ses successeurs.

les ruines de la Zouïa de Chellah 

la cour de la Zouïa de Chellah

les ruines de la Zouïa de Chellah 



Le sultan Abou Al-Hassan érigea, sur les fondations des enceintes romaines, les impressionnantes murailles qui ceinturent la cité des morts. Après s'être emparé de toute l'Afrique du Nord, il décida en 1339 de construire un véritable complexe funéraire et perça ces murailles de la fameuse porte octogonale par laquelle on pénètre. Là encore, on ne saisit pas de nos jours, quel était l'intérêt que pouvait représenter ces enceintes militaires, sans doute le lieu était-il hautement symbolique pour l'autorité des Sultans de l'époque ?

Au centre de cette nécropole,  il ne reste que quelques pans de mur de la Zouïa. Cet établissement religieux était tout à la fois une mosquée, une école coranique et un centre d'hébergement pour les pélerins et les étudiants. Selon certains auteurs, cette Zouïa était encore plus luxueuse que les medersa de Fès dont elle avait les mêmes principes de construction. La légende veut que Mahomet lui-même ait prié dans son oratoire.

minaret de la mosquée de Chellah 


On peut voir encore quasiment intacte la stèle d'Abou Al-Hassan ainsi que celle de sa femme, Chams Al-Doha, "Soleil du Matin", chrétienne convertie à l'Islam qui reposent tous deux ici.

Cette dernière, surnommée Lalla Chellah, fait toujours l'objet d'un véritable culte dans le Maroc tout entier : on vient encore se recueillir sur sa tombe près de huit siècles après sa mort.

 les tombeaux d'Abou Al-Hassan et Lalla Chellah

le minaret de la mosquée de Chellah 


A droite du minaret en contrebas des koubbas, les tombeaux des saints, le  bassin aux anguilles, propre à assurer la fertilité aux femmes. Selon la légende, le bassin serait alimenté par une source miraculeuse, la source des Canons, où vivrait un poisson couvert d'écailles d'or.

Les anguilles auraient la faculté de guérir la stérilité. En guise d'offrandes les jeunes femmes en mal d'enfants doivent jeter des coquilles d'oeufs, symboles de fertilité, mais le bassin est en fait jonché de pièces de monnaie auxquelles personne ne touche ! Les anguilles se font rares, mais poissons et  tortues y pullulent.

En remontant vers la sortie, on observera une dernière fois, sur fond de verdure de la vallée du Bou Regreg, le minaret et ses zelliges en faïence polychrome, blancs, noirs, verts et bleus, prestigieux décor pour un nid de cigognes.

Reproduction de textes et photos soumise à autorisation

Femmes allant déposer leurs offrandes au bassin des anguilles

Bassin aux anguilles et source des Canons

 

Koubba



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