Le Bouregreg au niveau de Bab Al Bahr, et l'emplacement de l'ancien port

 

 le Bouregreg et l'emplacement du futur port de plaisance
Le Bouregreg, depuis les murailles des Oudayas avec les nouveaux quais le long du boulevard El Marsa. Au 1er plan, l'emplacement où se trouvaient la coopérative artisanale  et la piscine du club nautique.

le port de plaisance de Salé eet la vue sur la porte Bab Misra.
Le port de plaisance presque achevé et au fond la porte Bab Mrisa

 
 barcassier sur la rive gauche du Bouregreg
L'embarquement pour une traversée du Bouregreg en barcasse depuis la plage de Rabat. Presque une photo d'archive !

Photo du bas, le Bouregreg dans sa plus grande largeur, à gauche l'emplacement de l'ancien port, à droite le bout de l'embarcadère de Salé.

Photo ancienne, les quais sont désormais aménagés, voir les photos ci-dessous.

La longue histoire du Bouregreg

C'est ici que tout a commencé, au bord du Bouregreg. C'est donc à cet oued que Rabat et Salé doivent leur naissance, il y a plus de vingt siècles.

Le Bouregreg est ancien, mais il est aussi malade et usé. On ne se souvient plus qu'il a été jeune et impétueux ; il était vif et sain, il est devenu sale et lent, la faute en grande partie à une pollution omniprésente.

Les Rbatis ne connaissent guère plus de lui que ses cinq derniers kilomètres, et beaucoup ignorent désormais qu'il prend sa source dans le Moyen Atlas.

Il faut dire que le Bouregreg n'impressionne plus ; il n'a jamais eu la majesté de l'Oum Er Rbia ou l'impétuosité du Sebou mais depuis la création d'un barrage juste au dessus de Rabat, en 1974, l'ardeur de ses eaux souvent tumultueuses a été bien tempérée.

Pour les Marocains, le Bouregreg c'est surtout son estuaire et au-delà, ils n'imaginent pas ce qu'est l'oued. Un oued qui  a même changé de nom puisqu'il s'appelait dans l'antiquité, Oued Sala (la rivière salée), ce n'est qu'au XIIIème siècle qu'il devient Bouregreg, sans doute une étymologie berbère, "regrag" signifiant "gravier" en berbère, mais les historiens n'en sont pas trop sûrs !

Trait d'union entre Rabat et Salé, soeurs rivales parfois ennemies mais toujours complices, le Bouregreg a constamment posé des problèmes pour sa traversée, car malgré les conflits incessants entre les cités, il y a toujours eu échanges permanents des populations. Depuis l'origine, on traverse en barques. Plusieurs ponts auraient existé, du temps des Almohades, pendant la lutte entre les Andalous de Salé le Neuf et les Salétins de Salé le Vieux au XVIIème siècle, mais tous ont été détruits par les flots, les guerres ou le raz de marée de 1755.

Le 1er pont routier date de 1919, mais largement en amont de l'estuaire, il est peu pratique pour les populations. Il y eut ensuite le bac à vapeur en 1913. Le pont Moulay Hassan qui part des pieds de la Tour Hassan jusqu'aux remparts de Salé ne date que de la fin des années 1950. C'est dire qu'on a pris son temps pour réaliser ce pont, les Rbatis soupçonnaient même la confrérie des barcassiers, toute puissante alors puisqu'elle détenait un monopole, d'user de son pouvoir pour entraver sa réalisation.

Rabat et Salé doivent tout au Bouregreg, grâce à lui Rabat disposait du plus grand port fluvial du Maroc au début du XXème siècle, et ce port fut même, du XIV au XVIIIème siècle, époque pendant laquelle les autres ports étaient aux mains des étrangers, Espagnols, Portugais ou Anglais, le seul port marocain qui pouvait ravitailler le pays.

Bien sûr, nul n'ignore qu'au XVIIème siècle, les pirates de la République du Bouregreg firent de Salé,  la capitale de la piraterie. En s'engageant pour le compte du Sultan, la piraterie devint "la course"  et les pirates des corsaires. Le port de Rabat aurait alors compter jusqu'à soixante vaisseaux en son sein. La "course" prit fin au début du XIXème siècle sous le règne de Moulay Slimane.

Le déclin du port de Rabat est dû à plusieurs facteurs : d'abord le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 qui a sans doute renforcé la "barre" océanique à l'embouchure de l'oued, rendant encore plus difficile et aléatoire son accès, ensuite l'envasement permanent qui s'est aggravé par défaut d'entretien, et enfin la concurrence du port de Casablanca nettement plus pratique pour les navires de gros tonnage.

la Kasbah des Oudaïas, le Bouregreg et l'embarcadère de Salé

 

Le projet d'aménagemenent du Bou Regreg


D
epuis la suppression définitive de ses installations portuaires, le Bouregreg s'était lentement assoupi au rythme de ses eaux calmes, jusqu'à ce que l'annonce de sa transformation radicale réveille tout le monde : seize milliards de dirhams de travaux en plusieurs tranches seront prévus pour aménager, dans les cinq prochaines années, la vallée du Bouregreg (1,5 milliards d'euros).

Ce projet, tout simplement pharaonique, était en préparation depuis plus de vingt ans pour faire face au sous-développement de la capitale. Il s'agissait de hisser Rabat au rang des villes internationales, et ce projet d'envergure nationale a été confié, non pas aux municipalités de Rabat et de Salé, mais à un établissement public créé spécialement à cet effet, la SABR, filiale de la C.D.G., avec des capitaux étrangers notamment des Emirats et de Dubaï pour ce qui touche au tourisme et aux loisirs.

Si certains aspects de ce projet sont séduisants, parce qu'ils sont absolument nécessaires et attendus depuis des décennies par la population (assainissement des eaux usées, déplacement de la décharge d'ordures ménagères d'Akreuch, transports en commun par la création d'un tramway en site propre entre Rabat et Salé, liaison routière par un tunnel sous les Oudaïas etc.), le volet "activités de loisirs" et "développement du tourisme" laisse perplexe, voire même inquiète certaines couches de la population.

 


l'embarcadère de Salé, au fond les falaises du mellah de Rabat et à droite devrait se trouver l'entrée du futur tunnel routier sous les Oudaïas
L'embarcadère du côté de Salé inactif en ce moment en raison des travaux . En face, les quais avant les travaux.

Les nouveaux quais, au pied des Oudayas, où se trouvaient la piscine et les bâtiments du club nautique qui ont été détruits. .
les quais à l'emplacement de l'ancien club nautique
 

à droite de l'embarcadère devrait se trouver le futur port de Plaisance pouvant accueillir 350 bateaux

L'embarcadère à Salé inactif depuis les travaux. Le stade derrière n'existe plus.

barcasse assurant la traversée du Bouregreg entre Rabat et Salé

La traversée en barcasse : les Rbatis et Slaouis connaîtront-ils à nouveau ces instants ?

Arrivée des pêcheurs sur la rive droite du Bouregreg à Salé

L'arrivée des barques de pêcheurs sur la plage de Salé

la plage de Salé pendant l'arrivée des pêcheurs

La cohue au débarquement

Pêcheurs débarquant leur poissons

Au débarquement du poisson, tout le monde est impatient, surtout les chats.

raie pêchée au large de Rabat

Raie et petits requins, entre autres pêches du jour.

Requin pêché au large de Rabat

Sans perdre de temps, le poisson est débité sur place.

Plage de Salé, le poisson est débité après débarquement

Pêcheurs et barcassiers : seront-ils les derniers ?


Qu'en sera-t-il, en effet, du Bouregreg tel qu'on le connaît aujourd'hui, lorsque les projets de Marina, de port de plaisance, de cité des arts et métiers et autres complexes hôteliers seront achevés ? Le Bouregreg qui, malgré tout, n'a pratiquement pas changé d'aspect depuis plus de vingt siècles aura-t-il encore le même visage ?

Car toucher au Bouregreg, c'est modifier plus de 20 siècles d'histoire, puisque l'installation de la colonie romaine à Sala Colonia et avant elle des Phéniciens sur les rives du Bouregreg est à l'origine de la création de Rabat et Salé.

On ne peut s'empêcher notamment  de penser aux barcassiers et aux pêcheurs de Salé et de Rabat dont l'activité remonte à la nuit des temps ?

Ils ne sont plus qu'une poignée mais ils ont tant bien que mal surmonté tous les avatars du Bouregreg. Survivront-ils à cette évolution du fleuve ? Quelle sera leur place dans cinq ans, au milieu des jets-ski, plaisanciers et autres yachts à moteur ?

Et à ceux qui cherchent sans arrêt ce qui peut intéresser le touriste, on peut se demander pour quels motifs ils ont ostensiblement ignoré jusqu'à présent le fabuleux spectacle qu'offre tous les jours le Bouregreg ?

Par exemple, qui pourrait prétendre que l'arrivée des pêcheurs sur la plage de Salé dès les premières heures de la matinée n'est intéressante pour  personne ?

Aucun tour-operator n'a encore osé inscrire cet épisode quotidien de la vie des habitants des Rbatis et Salétins sur son programme, aucun paragraphe ne lui est consacré sur le Guide Vert Michelin ou sur "l'indispensable" Guide du Routard qui prétendent tout vous dire !

Pourtant quel  spectacle  plus pittoresque,  plus vivant,  plus coloré  pourrait vous offrir Rabat avec la complicité de sa sœur jumelle Salé ?

La traversée par barcasse entre Rabat et Salé a été (temporairement ?) supprimée depuis l'année 2006, pour faciliter l'aménagement des berges du Bouregreg côté Rabat, l'enlèvement de la vase et la construction du port de plaisance, côté Salé. Dans l'immédiat, et dans l'attente d'un nouveau pont qui remplacera le pont actuel, Moulay Hassan, qui date de 1957 et qui est mal en point, vous n'aurez plus qu'à traverser à pied (15 minutes par le pont), en train depuis la gare de Rabat-Ville (le plus pratique puisque la gare de Salé est face à la célèbre et magnifique porte Bab Mrisa), ou en taxi (grand taxi seulement), et par Bus si vous êtes vraiment téméraire. Après, il vous faudra trouver les berges difficilement accessibles à cause des travaux, mais c'est encore possible !.

Arrivé à grand peine sur la plage de Salé, de l'autre côté du Bouregreg, attendez alors un à un l'arrivée des frêles esquifs et le débarquement du fruit de leurs pêches du jour ...  vous ne serez pas déçus.

Ici, en quelques heures vous aurez un aperçu de ce que représente l'activité d'une pêche traditionnelle au Maroc. Vous côtoierez les pêcheurs bien sûr, mais aussi les revendeurs, les restaurateurs, les barcassiers, les ménagères, les vendeurs de glace et de friandises... tout ce monde discute et échange en termes parfois un peu vifs, mais toujours de manière amicale, car dans cette joyeuse cohue, il y a tout ce qui fait la vie des Rbatis et Salétins depuis vingt siècles.

Et puis, à être sur la plage de Salé, puisque vous avez "osé" franchir le Bouregreg, ne partez pas sans accorder une visite à Salé, à sa superbe médina, à ses remparts millénaires. Ces derniers ne sont qu'à trois cents mètres de la rive du Bouregreg

Faites encore quelques pas jusqu'à la médina de Salé, car il ne faut pas quitter Salé sans avoir visité une de ses bijouteries, dans le souk. Vous serez surpris de la qualité des bijoux proposés (la spécialité de Salé), à des prix nettement inférieurs à ceux de Fès ou de Marrakech. Je ne parle même pas de la mosquée et de la médersa, car je suppose que vous les aurez déjà visitées !

Une marina et un port de plaisance , pourquoi pas, mais retrouvera-t-on les barcassiers et les pêcheurs ? Laissez revivre le Bouregreg !


P
our découvrir des projections en image de synthèse
du projet du Bouregreg
, cliquez ici

D'autres photos du Bouregreg et de son aménagement

l'historique de l'aménagement du Bouregreg : de Mohammed V à Mohammed VI , l'évolution pas à pas d'un projet, un récit étonnant.


 barques de pêches de Salé 

Les pêcheurs ont fini leur journée et rangent leur matériel
(en arrière-plan , la Tour Hassan).

Pecheurs à la ligne, curieux en vélo, vieux Rbati faisant sa promenade avec un brin de nostalgie, le Bou Regreg restera-t-il toujours aussi apaisant après son réaménagement ?

Comme on dit en terre d'Islam, Inch Allah !

 au fond sur l'autre rive Salé, à gauche les baraques des pêcheurs qui devraient disparaître et à droite , l'entrée de la future Marina

plage de Salé, au fond les Oudaîas de Rabat et à gauche la terrasse du Café Maure
 

 Rive gauche du Bouregreg et au fond la squala de la kasbah des Oudaïas 

A consulter et à conserver dans sa bibliothèque, le magnifique ouvrage du Docteur Robert Chastel "Rabat-Salé vingt siècles de l'oued Bou Regreg" aux éditions Laporte.
On peut encore trouver cet ouvrage dans les principales librairies de Rabat. Le Dr Chastel exerce à Rabat depuis quarante ans.

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