19 févr. 2009

Rabat : Les usines de textile en crise

L'Economiste 1er quotidien électronique du Maroc

· Près d’une dizaine d’unités ont déposé le bilan

· D’autres procèdent à la réduction de leur personnel

· Les opérateurs réclament le soutien de l’Etat et des syndicats


Rabat est parmi les premières régions du pays qui ont été touchées par la crise économique. Plus particulièrement, les unités de textile qui sont en pleine tourmente. Près d’une dizaine d’usines ont déjà fermé leur porte avec une perte de plus de 2.000 emplois, sur les 27.471 générés par quelque 98 unités (chiffres du ministère de l’Industrie pour 2007). D’autres ont commencé à réduire l’effectif de leur personnel. La majorité des unités industrielles touchées sont implantées dans la zone industrielle de Salé. Une simple tournée à cette zone permet de constater réellement le ralentissement de l’activité. Le moral des opérateurs est au plus bas, ils réclament le soutien de l’Etat pour dépasser cette crise conjoncturelle.

Pourquoi la crise a secoué fortement cette région? «Près de 80% de nos exportations de produits d’habillement et du textile sont destinées au marché anglais», explique Tarik Aguizoul, président de l’Amith au niveau de la région de Rabat. Pour ce dernier, outre la crise mondiale, les opérateurs du secteur souffrent depuis plus d’une année de la chute de la livre sterling (-30%). «Cela a été répercuté négativement sur la valeur de nos exportations vers ce marché qui est estimé à plus de 1,5 milliard de DH», précise Aguizoul. Pour ce dernier, l’année 2009 sera encore plus dure. Il sera en effet difficile de décrocher des commandes dans le marché anglais fortement frappé par la crise mondiale.

Il faut donc s’attendre à une dégradation de la situation, surtout à partir de juin. Aucune filière ne sera épargnée. Selon un communiqué de l’Amith, toutes les études prospectives s’attendent à une exacerbation de la baisse de la consommation des produits de textile sous l’effet de la crise. Elle affectera notamment les marchés espagnols et français qui absorbent près de 70% des exportations marocaines. «Mais selon des études américaines, le rétablissement économique est envisagé à partir du début 2010», avance le responsable de l’Amith. Aussi, le défi est de préparer l’après-crise car il y aura des opportunités à saisir. En attendant, les différents opérateurs de la région ont adopté des plans de résistance basés sur une diminution des charges et une optimisation de fonctionnement. «Notre objectif durant cette période de marasme économique est de protéger notre outil de production ainsi que les compétences parmi nos ressources humaines», souligne Abdelhai Bessa, responsable des relations institutionnelles et sociales à l’Amith-Rabat. Sur ce volet, ce dernier a souligné que les cadres techniciens et ingénieurs du secteur ont commencé déjà à réfléchir à la reconversion pour regagner d’autres activités prometteuses. «Nos moyens actuels ne permettent pas de garder ces compétences dont le secteur aura amplement besoin au moment de la reprise», souligne Bessa.

Pour ce dernier, le soutien des pouvoirs publics est indispensable au moins pour permettre la survie de 50% de l’activité. Pour Bessa, 2009 sera une année blanche sans réalisation de profit dont la marge moyenne en période normale est comprise entre 8 et 12%. Avec l’aide de l’Etat, les opérateurs espèrent dégager une marge de 6% et réduire les coûts de production. «Ce qui permettra d’avoir plus de commandes avec des produits compétitifs moins chers de près de 15% par rapport aux prix du marché international», justifie le responsable de l’Amith. Sur ce chapitre, doit-on rappeler que le gouvernement se penche sur ce dossier en vue de sauvegarder l’emploi dans les secteurs touchés par la crise. Le programme de soutien au textile devrait être dévoilé incessamment.

Ce plan est axé sur trois volets: financier, social et promotionnel. Sur le premier volet, les professionnels attendent un rééchelonnement de leurs dettes et des facilités pour soutenir les fonds de roulement. On parle même de la prise en charge par le gouvernement des charges sociales se rapportant à l’année 2009. Le plan de soutien prévoit également d’accompagner les opérateurs de textile dans la promotion de leurs produits sur les marchés étrangers. Par exemple, pour la région de Rabat, les opérateurs du secteur de textile, outre le marché anglais, doivent chercher d’autres destinations à leurs produits. En plus de ces mesures de la part du gouvernement, les amis de Besssa réclament aussi une «trêve» des syndicats pendant cette période difficile. Selon les responsables de l’Amith, la gestion de cette phase sera particulièrement complexe en raison de l’hyper-flexibilité qu’elle requiert de par l’irrégularité des commandes des donneurs d’ordre émises à la dernière minute et qui concernent souvent des petits volumes. Mais pour les syndicats, ce partenariat est évoqué uniquement durant les périodes de vaches maigres, alors qu’en temps de prospérité, on ne pense pas au partage du gâteau. En clair, les syndicats n’ont pas l’intention de baisser les armes.

Notons, enfin, que les unités industrielles de la région situées particulièrement à Skhirat spécialisées dans la fabrication du jean travaillent normalement. Ce produit n’est pas encore affecté par la crise.

Nour Eddine EL AISSI

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