«Les Enfants du Bouregreg». Éblouissant !
Un spectacle grandiose, digne d'une vraie mise en scène cinématographique.
Baptisé « Karacena 2008», le spectacle était prévu pour 21 heures, la nuit du 21 août 2008, coïncidant avec la Fête de la Jeunesse.
Mais vu l'originalité et la dimension de l'événement, la population de Rabat-Salé n'a pas hésité à venir s'amasser sur les deux rives bien avant l'heure indiquée, puisque certains ont déjà eu un clin d'œil du spectacle durant les dix soirées de répétitions. «Nous avons eu le privilège de vivre jour pour jour les préparatifs de la manifestation. Toute l'installation s'est effectuée devant nos yeux, depuis les bateaux de guerre, jusqu'à l'entraînement des chevaux, passant par les superbes acrobaties, le jonglage avec le feu, la percussion aérienne, les jeux de lumières… les berges du Bouregreg se sont transformées en un vrai studio de cinéma», indique un habitant de la Kasbah des Oudayas. Le soir du jour J, rien n'a été épargné pour déguster cette belle soirée. Terrasses et murailles furent aussi prises d'assaut pour guetter de bons moments de magie et de créativité. Une marée humaine a pu suivre cette merveilleuse création monumentale urbaine, organisée par L'Amesip et le Cercle Aldébaran, sur le prestigieux fleuve du Bouregreg.
Un tableau équestre ouvre le bal avec des cavaliers bien entraînés ayant pu séduire l'assistance avec leur savoir-faire digne des grands maîtres de la cavalerie. Les quatre actes de l'histoire définis par le concepteur et metteur en scène, Laurent Gachet, des « Enfants du Bouregreg » prennent le relais. Ainsi, devancée par les feux du rassemblement, une grande foule se masse sur les berges du Bouregreg. Tout le monde attend la tombée de la nuit pour attaquer la Kasbah des Oudayas. La citadelle tombe aux mains des corsaires. Des attaques sanglantes se sont déclarées entre les différentes tribus et les défenseurs de la Kasbah. Nous avons assisté à une vraie mise en scène cinématographique avec ses bruits de canons, sa fumée de guerre, ses cris, avec comme fond musical le bruit imposant des vagues de l'océan. Le metteur en scène définit cette rencontre sanglante en trois scènes, dont les cavalières de la nuit, la flibuste, puis la réplique. Mais, en fin de compte, les attaquants reviennent bredouilles, car la Kasbah ne s'incline pas toujours par la force des canonnades et des cavaliers.
Alors, Laurent Gachet essaye la ruse et la magie, faisant naître le long du fleuve des reflets d'or et d'argent et surgir du néant la fantasmagorique navale d'un cirque imaginaire au bestiaire fantastique. Tout ceci est monté dans une narration extraordinaire, faisant surgir des images en lumières sur les imposantes murailles de la Kasbah que chacun peut méditer à sa manière pour restituer une histoire ancestrale rassemblant tout le patrimoine de la région avec ses multiples paysages et ses monuments historiques. Ainsi, le grand convoi arrive avec sa mémoire et sa sagesse puisée de la mythologie des cités disparues, dont sept générations se sont succédé pour prendre le flambeau. La roue du temps continue. Sur une musique tzigane, une grande parade s'est assemblée glissant majestueusement devant la citadelle. Une scène très riche en démonstrations créative et imaginaire, telles la procession salétaine, les vigies de feu, le magnifique éléphant, l'embrasement des quatre mâts, le génie de la citadelle, le bal des hippocampes, puis le grand Damatine qui unira les deux rives à travers un pont de feu, pour concrétiser les prédictions de la légende.
Alors là, et juste le temps de cette 700ème lune, selon l'astrologue Ibn Idriss Marchar, tous les hommes oublieront leur rivalité, leur différence ou leur provenance pour devenir «Les Enfants du Bouregreg». Vers la fin du spectacle, la caravane de tous les participants, capitaine, artistes, rameurs, musiciens, chanteurs, comédiens, circassiens, techniciens et autres, a remonté le fleuve en un dernier salut pour le public présent. Une fin en apothéose ayant laissé le public subjugué, baignant dans un rêve fantastique que les spectateurs n'oublieront pas de sitôt. Entre les fabuleux actes de cette monumentale création urbaine, ont retenti, au-dessus de la citadelle et ses environs, des feux d'artifice placés en différents points des deux rives du Bouregreg.
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Un projet d'envergure
Réalisé dans le cadre de la deuxième édition de Karacena, « Les Enfants du Bouregreg » constitue un beau périple dans les arts du cirque et les jeux nautiques, puis un événement populaire et festif de grande envergure pour les habitants de Rabat-Salé. Cette grande parade sur le fleuve du Bouregreg s'est développée autour de 3 mois de propagation d'une légende urbaine, 3 mois de chantiers scénographiques hors normes, 10 jours de montage et de répétitions sur les lieux du spectacle qui se sont concrétisées la nuit du 21 août où de gros moyens, en ressources humaines et matérielles, furent alloués pour réussir le pari. L'impact attendu vise à créer les conditions d'un partage culturel par l'artistique et d'avancer sur le champ de l'interculturalité par le travail en groupe. C'est dans ce sens que ce spectacle a réuni des artistes de différentes catégories, dont les enfants de l'Amesip (Association marocaine d'aide aux enfants en situation précaire) ayant subi des stages de formation, dans le cirque Shems'y, par des artistes professionnels qui viennent régulièrement en résidence pédagogique et artistique sous le chapiteau de l'école.
Par Ouafaâ Bennani | LE MATIN
Libellés : Aménagement du Bouregreg, Arts et culture, Vie de la cité


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