1 juil. 2008

Veut-on asphyxier Rabat ?


Asphyxier Rabat en réduisant, à chaque fois que cela peut se faire dans la discrétion, de quelques mètres carrés les terrains destinés à accueillir des espaces verts. Tel semble être le mode d’ordre qu’ont lancé spéculateurs et adeptes du tout béton dans la capitale du Royaume.

Et, très souvent, c’est au mépris des règles et des lois qui régissent l’urbanisation, et en totale infraction des prescriptions que contiennent les plans d’aménagement communaux qu’ont été détournés de leur vocation première certains espaces pour être transformés en terrains constructibles. Aussi n’étaient les résistances, justifiées, qu’opposent parfois certains citoyens, ils seraient plus nombreux encore les espaces verts qui auraient été livrés à la merci des bulldozers et des bétonnières.

Il nous a été donné d’aller voir de plus près les étranges manœuvres qui s’opèrent autour de deux petits espaces verts sis au Quartier El Menzah à Rabat pour les transformer en toute illégalité en terrains constructibles et ce en dépit de tout bon sens.

Concernant cette affaire, les infractions ne se comptent pas. Et c’est peu dire que d’affirmer que nous sommes là face à un véritable scandale puisque les documents, qui nous ont été remis par les riverains, et dont copies ont été adressées à toutes les autorités compétentes, l’attestent grandement.

Genèse d’une bien étrange affaire :

Tout avait commence au début des années quatre vingt. C’est à cette époque en effet que le terrain dit Camp El Menzah, relevant du patrimoine foncier de l’Office des logements militaires (OLM) est morcelé en lots, qui, par la suite, seront attribués à des particuliers qui tous n’étaient logiquement pas en droit d’en être les bénéficiaires. Et c’est là où nous avons pu enregistrer la première infraction dans un dossier qui en compte plusieurs. En effet le décret-loi 1-72- 092 du 6 avril 1972 portant création de l’Office des logements militaires stipule dans son article 2 que l’OLM a pour mission, entre autres, l’acquisition des terrains nécessaires à la construction de logements en vue de leur location ou de leur vente aux personnels civil et militaire de l’administration de la défense nationale, ou qui sont destinés au service public de ladite administration. Or nous avons les preuves qui confirment que des lots relevant de ce lotissement ont été attribués à des fonctionnaires et à des cadres qui ne sont d’aucun rapport avec ladite administration. Notamment à des fonctionnaires relevant des communes.

Il a été prévu par ailleurs que les deux terrains objet des titres fonciers 126875/03 à 126878/03 sis au quartier El Menzah, relevant de l’Arrondissement de Yacoub El Mansour, sont réservés à un espace vert comme le précisent, si besoin était de le faire encore une fois, les deux notes de renseignement émises par le directeur de l’Agence Urbaine de Rabat-Salé, l’une en date du 23 mai 2008 et la deuxième en date du 30 mai 2008. Ces deux notes stipulent sans équivoque aucune que « d’après le plan d’aménagement communal de Yacoub El Mansour approuvé par décret n 2-97è934 du 18 février 1998 lesdits terrains sont réservés à un espace vert existant V98 et un autre espace vert existant V56»

Des autorisations pour construire sur des espaces verts

Cependant, et c’est là où il y a anguille sous roche, les attributaires des lots de terrains destinés depuis plus d’une décennie à être des espaces verts, ce qu’ils sont d’ailleurs dans les faits, ont pu obtenir des autorisations de construire, délivrées par qui de droit, sur les terrains en question.

Mieux encore, lesdits propriétaires de terrain ont tenté à plus d’une reprise de passer à la tronçonneuse les arbres plantés sur ces espaces verts. Inutile de vous dire qu’ils s’y sont pris en usant parfois de menaces. Et n’était l’opposition des habitants riverains, les arbres qui y sont plantés pour certains depuis plus d’une vingtaine d’années ne seraient plus là.


Selon les informations dont nous disposons, le Conseil de la ville, concerné au premier chef par cette affaire, semble faire fi des doléances des habitants riverains qui en définitive ne réclament rien d’autre que de pouvoir vivre avec leurs familles dans un environnement sain. De promesses en promesses, toutes non tenues, le président du Conseil de la ville semble vouloir laisser pourrir une situation qui pourrait devenir explosive du fait que les propriétaires desdits terrains, forts des autorisations de construire qui leur ont été délivrées, en infraction des dispositions des lois, semblent être résolus à occuper de force lesdits espaces verts. De leur coté, les habitants riverains, eux, ne l’entendent pas de cette oreille et semblent décidés à s’opposer aux constructions.

Il serait salutaire pour tout le monde que cette affaire soit résolue très rapidement. Le Conseil de la ville se doit d’acquérir les lots en question comme le stipule la loi dans pareil cas et comme le précise le lettre numéro 792 datée du 13 février 1995, signée de la main de l’ex- ministre de l’Intérieur Driss Basri et en vertu de laquelle il est expressément demandé au Conseil Communal d’acquérir, d’aménager et d’entretenir tous les terrains destinés aux espaces verts.

Nous rappelons que cette lettre a été la réponse apportée par le ministre de l’Intérieur à une question écrite que lui avaient adressé deux députés sur cette affaire.

Jamal Hafsi

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