11 juil. 2008

Douar El Hajja : Cette plaie hideuse de la capitale



Quand un groupe de citoyens est venu nous rendre visite pour nous faire part des conditions dans lesquelles plusieurs milliers de personnes vivent à Douar El HAJJA, à quelques encablures du cœur de la capitale du Royaume, nous avions d’abord cru qu’il s’agissait d’un canular, tellement leurs dires nous paraissaient invraisemblables.

On ne pouvait imaginer en effet que pouvaient encore exister ce genre de « plaies hideuses » au sein même d’une capitale qui affiche l’ambition d’être une vitrine urbanistique du Maroc en mouvement. Et on ne pouvait pas non plus imaginer que les dires de ces citoyens allaient être en deçà des réalités comme nous avons pu les observer sur le terrain.

A Douar EL HAJJA, depuis des lustres, il n’est rien qui soit en mouvement. Tout est hors temps et le temps semble s’être arrêté depuis longtemps. Et n’étaient ces enfants, ces femmes et ces hommes jeunes et vieux qui laissaient transparaître cette généreuse marocanité à la fois hautement perceptible mais toujours difficilement descriptible, et le Bouregreg reconnaissable à sa sinueuse sérénité, nous n’aurions jamais pensé que nous étions dans ce Maroc que courtise les uns et que jalouse les autres. Ce Maroc qui malheureusement étonne aussi parfois plus qu’il ne fascine.

Nous garderons en mémoire et certainement pendant assez longtemps l’image de ces habitations perchées presque sur le vide. Celle des citoyens qui y habitent aussi.

Insouciance ? Celle des responsables à différents niveaux certainement ! Celles des élus encore plus…

La montagne » c’est ainsi qu’appellent les habitants de Douar El HAJJA cette espèce de falaise dont un pan entier s’était écroulé en 1976 heureusement sans faire de victime. Après ce premier éboulement les familles sans abris avaient été transférées dans un premier temps sur un terrain près de l’école Al Farabi où ils avaient pu installer leurs baraquements. Dans un deuxième temps des lots de terrains leur ont été remis sis au quartier industriel sur la route de Akrach au lieu dit « H4 » et c’est là où il leur a été demandé de construire où loger. Inutile de vous dire que c’est comme si on offrait à un édenté affamé des amandes et des noisettes…

Un deuxième éboulement s’est produit au début des années 80. Là encore, c’est la magnanimité du Bon Dieu qui épargnera les habitants et qui palliera aux insuffisances et à l’insouciance de ceux à qui échoie normalement la mission de veiller à la sécurité des gens. Normal dirions nous pour une époque où insouciance et insuffisances étaient érigées au statut de « vertus cardinales »…

Aux victimes furent alors remises des habitations d’une trentaine de mètres carrés environ. Dans la foulée, nous diront des habitants de Douar EL HAJJA, des agents de l’autorité profiteront de l’aubaine pour en attribuer quelques unes à des personnes qu’on avait faites venir d’on ne sait où.


Depuis la situation est restée en l’état et, comme le montrent les photos prises il y a une semaine, il est encore beaucoup d’habitations et de personne qui elles sont toujours suspendues au sommet de « la montagne » et en surplomb d’un dépotoir où détritus et immondices servent de jouets à des enfants qui n’ont plus tout à fait l’air d’être des enfants tellement ils se confondent avec cette autre aberration qu’est cette magistrale insulte à l’écologie et à leur dignité.

Aussi avons-nous cru rêver en découvrant que moins de cent mètres plus loin que ce dépotoir une association affichait superbement sur la devanture de son siège pimpant l’inscription « Initiative Nationale pour le Développement Humain ». Cette transcription, qui reproduit exactement autant la calligraphie que la disposition et les couleurs que celles utilisées, par la direction de l’INDH, peut facilement tromper – voir photo – et laisser penser que c’est là une antenne de l’INDH. Nous vous laissons deviner pourquoi le président de cette association, un élu en fait, a recours à cet amalgame et à ce mélange non innocent des genres…


Une autre inscription sur la façade du siège de cette association nous a fait celle là marrer : « conservatoire de musique », Oui vous avez bien lu, il s’agit bien d’un conservatoire de musique qui se trouve à quelques mètres d’une « montagne » qui à tout moment peut s’écrouler et qui plus est au bas de laquelle se trouve un dépotoir comme on n’en voit plus tellement si ce n’est dans les faubourgs de certaines cités ayant définitivement rompu tous liens avec le monde d’aujourd’hui.

Cela dit, adoucir les mœurs nous n’avons rien contre. Néanmoins nous aurions vivement souhaité voir adouci le quotidien de ces gens là qui demain, si leurs conditions de vie restent comme elles sont aujourd’hui, auront peut être plus envie de jouer du pavé que de la clarinette…

Cet endroit de la rive sud est, nous a-t-on dit, intégré dans le projet d’aménagement du Bouregreg. D’autres sources affirment que non. Dans un cas comme dans l’autre, il nous semble qu’il y a urgence pour que soit traitée rapidement et avec intelligence la situation de ces habitants qui ne souffrent pas que de précarité urbanistique.

En effet, sur les insuffisances dont pâtit Douar EL HAJJA on pourrait écrire de pleines pages.

A commencer par l’absence de structures sanitaires à même de répondre aux besoins des habitants. Un seul dispensaire pour plusieurs milliers d’habitants ça laisse pantois. Et au titre des aberrations qu’il nous a été donné de constater est le fait que les horaires adoptés par cet unique dispensaire sont ceux de l’administration. C’est dire que les habitants qui ont la malchance de tomber gravement malade au-delà de 17H n’ont d’autres choix que d’aller se faire soigner ailleurs. Et comme il n’est pas d’ambulance non plus, inutile de vous dire que la contrainte est alors double.

Aussi paradoxale que cela pourrait paraître il n’est pas non plus et à ce jour de collège ou de lycée à Douar EL HAJJA. Allez y savoir pourquoi ! Ni d’arrondissement de police dans un endroit où pourtant le nombre de femmes et d’hommes qui se font agresser au retour de leur travail sur la route d’Akrach est relativement élevé. Des bandes d’agresseurs guettent en effet les jours de paie pour délester les ouvrières et ouvriers de leurs maigres salaires. Cette situation est d’autant plus aggravée par l’absence d’éclairage sur les principales rues et artères du quartier.

Dire que tout manque à Douar EL HAJJA relève en fait de l’euphémisme. Mais cela dit nous pensons que ce quartier qui fait l’objet de larges convoitises électorales mérite que les pouvoirs publics aillent y jeter un coup d’œil pour s’enquérir de visu des nombreuses aberrations dont il est le théâtre.

Une longue allée qui aboutit sur un terrain de football situé presque en rase campagne est éclairée pendant que reste plongé dans le noir là où habitent des milliers de citoyens en est l’une des manifestations les plus criardes. Faut chercher l’élu…

Aussi et si nos souvenirs sont bons engagement a été pris devant S.M le Roi pour que Rabat devienne ville sans bidonvilles. C’était il y a un bout de temps déjà…

J.H.

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