23 mai 2008

«Rabat, une dame pour le Bouregreg»


Subtile mélange de photos et d'histoire, l'ouvrage met la mémoire en mouvement.
Quand un photographe de talent et une historienne de renommée combinent leur savoir faire, cela donne «Une dame pour le Bouregreg».


Ce beau livre, signé Amina Aouchar et Stefano Ciannella invite le lecteur à une balade à travers un Rabat qui s'ouvre à lui et s'offre à son regard, en douceur et avec beaucoup de réserve. Et l'on découvre une ville dans tous ses états, telle qu'on ne l'a jamais vue.

Dotée d'une sensibilité à fleur de peau, Stefano Ciannella se laisse emporter par un élan lyrique que laissent transparaître ses photos. Lyrisme auquel font échos les textes de Amina Aouchar, qui lèvent le voile sur une partie du patrimoine historique et culturel que renferme la capitale administrative. Au fur et à mesure que l'on égrène les pages, la ville majestueuse dévoile ses secrets. Sans trop l'agresser ou la brusquer, le photographe suit cette dame, la charme tel un amant, un amoureux langoureux, pour enfin la dompter et la soumettre à son objectif. Majestueuse, elle laisse entrevoir petit à petit ses trésors les plus enfouis.

Ancrée dans l'histoire, Rabat se tourne fièrement vers un avenir prometteur qu'elle aborde avec assurance. «Au bout du siècle dernier, Rabat surgissait, telle une oasis saharienne insolite au bord de l'Atlantique», écrit l'historienne, avant de poursuivre : «Trois casbahs, trois citadelles s'égrenaient le long de l'oued, juchées sur les hauteurs, cernées de champs de blé et d'orangeraies. Puis la ville s'est agrandie, maisons et immeubles ont envahi les cultures, ravaudé le tissu de la cité. Toutefois, Rabat a su préserver ses carrés de verdure, en créer de nouveaux, ouvrir des espaces paisibles et planter des rangées d'arbres le long de ses avenues. Rabat est un jardin où vieux citadins amoureux de leur cité et nouveaux venus aiment flâner les jours fériés.»

Cette cohabitation entre présent et passé, la fait ressortir dans ses clichés. Tantôt solennels, tantôt enjoués, les différents sites de la ville fleurent bon l'harmonie et la symbiose. Loin des sentiers battus et des idées reçues sur la capitale, l'artiste va au-delà du folklorique pour toucher l'âme de la ville. «Par l'image «mouvante», je cherche l'émotion, l'âme.

Hors du temps. Outre l'espace. J'entre dans la circularité», avoue-t-il. «La recherche naît de la passion pour la matière des lieux, de l'envie, mieux encore, du besoin de percevoir l'espace comme un trait d'union. Un plein qui véhicule sensations, émotions, énergies et qui évoque la mémoire du mouvement et de l'action», écrit-il plus loin. Souvent, ce chasseur d'images surprend sa dulcinée dans ses moments de sérénité et de solitude. Personnage principal de son histoire, elle ne souffre pas de concurrence. Personne n'ose lui voler la vedette.
Les rares âmes qui figurent sur ses photos sont soit floutées, soit placés en second plan. Ils font office de figurants devant la star incontestée. Au moment où le photographe livre ses belles œuvres, l'historienne accompagne le lecteur dans ce voyage dans le temps et dans l'espace.

Opérant en véritable guide, elle suit une démarche didactique mais très agréable. Elle éclaire la lanterne, du récepteur, sur l'histoire des lieux, anecdotes et petites histoires à l'appui. Amina Aouchar prend comme point de départ, les pratiques et les usages de certains lieux à présent, pour ensuite effectuer un flash back dans le passé en vue d'expliquer comment ils étaient dans les époques révolues et qui les peuplait dans le temps.

C'est ainsi qu'on apprend que les Oudayas, Bab el-Alou, El-Gza, l'avenue Mohammed V, l'Agdal… n'ont pas toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui et que Rabat, l'éternelle dame de Bouregreg «incorpore jalousement le nouveau dans l'ancien».

«Rabat, une dame pour le Bouregreg». texte Amina Aouchar, photographie, Stefano Ciannella. Senso Unico éditions.
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Brin d'histoire
«… Ce n'est qu'au début du XXème siècle, lorsque Rabat devient la capitale du Royaume et que le roi est appelé à y séjourner une bonne partie de l'année, que le palais subit des transformations importantes, particulièrement sous le règne du défunt roi Hassan II et de Mohammed VI. Ainsi deux grandes portes ont-elles été récemment réaménagées.

Lors des cérémonies officielles, le roi, précédé par les trompettes des hérauts juchés au-dessus du linteau, sort par une porte haute, élégante ouverture richement décorée. Un peu plus loin, la porte des Hôtes, bel ouvrage de bronze et de cuivre, est surmonté de marbre sculpté, de faïences et d'un large linteau de bois couvert de tuiles vertes, suivant les canons de l'art marocain le plus classique.

Cette entrée est précédée d'une cour dallée, encadrée par des massifs de rosiers. Elle ouvre sur une grande salle au plafond en carène renversée, décoré de cèdre sculpté et peint. Un escalier imposant descend vers un large patio planté de cèdres et de bosquets. Dans cette cour, lors des fêtes nationales, le roi reçoit invités étrangers et notabilités du pays, cérémonie rythmée par l'orchestre des khamsa ou khamsin (cinquante-cinq). Sur trois côtés de la cour, sont aménagées des galeries qui bordent des salons richement meublés. Pendant le mois de Ramadan, dans l'une de ces salles se déroulent el-dourous el-hassaniya, les conférences religieuses, une tradition inaugurée par feu Hassan II».



Par Kenza Alaoui | LE MATIN

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