Les «Jardins suspendus» de Abdelhay Mellakh à la galerie Bab Rouah
Entre transparence et opacité, les toiles de l'artiste sont une invitation à la réflexion
Un monde d'élévation et de transcendance, voilà ce que nous propose l'univers chromatique de Abdelhay Mellakh. Un univers tout en couleurs, peuplé de signes, de symboles et de talismans sortis tout droit de sa mémoire et de ses souvenirs.
Par des moments de grâce, il couche sur ses toiles cette profusion d'idées et d'objets qui forment l'identité même de l'artiste. Et c'est ainsi qu'au fil des années, il s'est forgé un langage à lui dont l'alphabet est constitué d'éléments récurrents. Une main, un œil, une colombe… sont autant de repères qui caractérisent et identifient l'œuvre de Mellakh.
Ces objets, qui acquièrent partant le statut de symbole, captent la lumière pour mieux la réfléchir. Tantôt flamboyante tantôt suggestive, la couleur capture, à son tour, le regard et l'éblouit. Le peintre la façonne et la transforme selon son bon vouloir ou probablement en fonction de son état d'âme. Car chez Mellakh, la toile n'est que le prolongement de son être.
Il livre son expérience à l'autre et l'invite à y réfléchir. Besoin de partage, d'extériorisation ou d'expression pour se libérer ? Il s'agit probablement de tout cela à la fois. Ce qui est certain, c'est qu'en livrant son œuvre, il offre une partie de lui-même, de l'humain qui est en lui. Effet de miroir garanti. « En se mettant devant mes toiles, j'aimerais que le spectateur se regarde lui-même. Et pour qu'il puisse apprécier ma peinture, il faut qu'il se pose des questions en vu de mieux appréhender ses racines et être en harmonie avec sa propre culture. De ce fait, je ne fais que refléter l'image de l'autre. J'essaie d'écrire et de traduire d'une écriture comme toutes les autres», proclame Abdelhay Mellakh. Celui qui se retrouvera face-à-face avec les peintures de notre homme les caressera, les embrassera et s'y introduira comme on pénètre dans un havre de paix. « Qu'il la voit avec un œil profond, car elle contient une clé de savoir et renferme de la sensibilité et de la sensualité», recommande l'auteur.
Aujourd'hui plus qu'à n'importe quel moment de son existence, la peinture de Mellakh a atteint une maturité qui lui permet de prétendre à la transparence. «Je suis arrivé à un moment où je travaille sur la transparence totale. Je suis presque parvenu à atteindre le blanc qu'on travaillait par de petites touches de jaune, de bleu et de rouge primaire, sachant qu'il n'est pas aisé pour un artiste d'y arriver», confie-t-il. Et le critique d'art Abderrahman Benhamza de renchérir: «Depuis deux ou trois ans, la palette de Mellakh a subi des transformations sensibles, émouvantes, au niveau des formes, de leur spatialisation et des motifs qu'il thématise autrement. A première vue, c'est une peinture qui se veut plus aérée, avec parfois des effets pastel, où le souci du détail disparaît derrière une plus grande liberté de mouvement, un foisonnement de traits colorés inscrits vivement sur la toile. Mellakh se joue allégrement de ses coloris, à la manière expressionniste, suggérant les contours et semant les tons qui, seuls, assurent l'équilibre des formes et déterminent la vision globale».
Depuis 40 ans qu'il peint, Mellakh ne cesse d'étonner par son esprit créatif, son sens des mélanges et sa sensibilité artistique. «L'artiste évolue avec le temps», reconnaît-il, avant d'enchaîner avec cette affirmation qui fleure bon la sagesse philosophique. «Ce n'est pas le temps qui conditionne l'artiste mais c'est ce dernier qui conditionne le temps. J'ai toujours essayé d'inventer de novelles choses, d'être un peu à l'avant-garde, d'être pionnier et prévoyant». Il faut dire aussi que cette témérité de ce besoin de renouveau a toujours donné de bons résultats. Preuve en est qu'aujourd'hui le nom de Mellakh sonne comme une pièce d'or dans le panthéon des arts plastiques marocain. Durant ses années d'exercice, il a su se constituer une personnalité artistique bien à lui quoique se proclamant libre de toute appartenance académique. 
Et c'est justement pour célébrer ses 40 ans d'exercice artistique que le ministère de la Culture organise une grande exposition des œuvres de Mellakh intitulée « Jardins suspendus». Elle a lieu à partir d'aujourd'hui à la galerie de Bab Rouah à Rabat jusqu'au 30 mai. Elle représente le fruit de toute une vie de création.Une vie passée à réfléchir sur l'art, la matière et la peinture. Il s'agit, comme l'artiste se plait à le répéter d'une expérience soufiste qui reflète la transparence d'une âme fragile qui essaie de donner quelque chose pour l'art ou pour les autres.
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Témoignage
« Je ne peux m'empêcher, face aux travaux de Abdelhay Mellakh, de narrer la perception disputant la priorité à la dimension émotionnelle.Quelque part, l'enfoui bien disant en moi fait surface, m'interpelle et me convie à écouter mes vibrations instantanées, à laisser la tension esthétique s'organiser autour de l'irrégulier et de l'asymétrique comme pour affoler l'espace d'éléments ébauchés à main levée sans affiner les alentours des aboutis. Et mon regard butine à sa guise. Bien que l'énoncé de la peinture de A. Mellakh ne soit pas anecdotique, j'arrive à déceler la multiplicité du dire, des balbutiements, du silence tapi au sein même de l'attirance oculaire.
A travers les formes, les symboles, la franchise et les contours des couleurs, le regard se trouve surpris, sinon perturbé par les parallèles qui se rencontrent, les triangles, les spirales et les cercles qui ne tournent pas en rond. Car cette peinture s'adonne entre le signe plutôt esquissé qu'éclaté,le geste fougueux, débordant ses limites, sans pour autant coller de force un signifiant sur un signifié. Quelquefois à travers l'allusion et le clin d'œil », affirme Mohamed Loakira, poète.
Par Kenza Alaoui | LE MATIN
Libellés : Aménagement du Bouregreg, Arts et culture, Vie de la cité

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