2 oct. 2007

Les métiers occasionnels du Ramadan à Rabat



De nombreux Marocains au chômage durant le reste de l'année profitent du Ramadan pour se livrer à un commerce informel, en vendant de la nourriture et d'autres marchandises dans les rues du pays.


Alors que le Ramadan bat son plein, le Maroc voit fleurir un grand nombre de petits commerces informels, en particulier dans les quartiers résidentiels. Les jeunes au chômage ainsi que des femmes au foyer saisissent l’occasion de ce mois de fête pour vendre des marchandises dans des lieux et à des heures avancées de la nuit. Les rues de la plupart des villes sont remplies toute la nuit d'un mélange de senteurs subtiles et d'arômes exquis. Les propriétaires des snacks et des épiceries aménagent dans leurs commerces des espaces pour y vendre les friandises du Ramadan les plus prisées par les consommateurs.

Tarik Mhidia vend de la chebbakia (un gâteau de miel marocain) depuis le début du Ramadan dans un quartier de Temara. C’est la troisième année de suite que ce jeune homme de 29 ans pratique ce métier occasionnel en cette période pour vaincre momentanément le chômage. Il a choisi un endroit stratégique pour placer sa marchandise afin d’attirer le maximum de clients. "Mon père m’a encouragé en me donnant l’argent nécessaire et ma mère m’aide à préparer la chebbakia. J’arrive à gagner parfois 200 dirhams par jour. Le commerce de la chebbakia et des autres gâteaux au miel marche très bien pendant le Ramadan. Mais ce n’est qu’une activité temporaire, qui ne dure qu’un mois", affirme-t-il non sans un brin de tristesse.

Son cas ressemble à celui de Mohamed Beljebbar, âgé de 25 ans, qui transforme chaque année le garage de son père en un magasin de vente de poisson frais, que les Marocains consomment en grande quantité durant le ftour. "Je suis licencié en droit et je n’ai aucune expérience du commerce. Mais je suis toujours sûr que je ne perdrai pas l’argent de ma famille ainsi que mon temps, car la demande dépasse l’offre en cette période. Mais une fois le Ramadan fini, je dois retourner à d’autres petits boulots", explique-t-il tout en servant un client.

Les jeunes ne sont pas les seuls à s’adonner à des gagne-pains occasionnels durant le mois sacré ; les femmes de tous âges n’hésitent pas non plus à retrousser leurs manches pour préparer et vendre toutes sortes de friandises marocaines. Les plus connues sont celles qui vendent des crêpes baghrir et harcha, qui rivalisent d'ingéniosité et de création artistique pour attirer des clients affamés.

Ces vendeurs occasionnels s'attirent les critiques des professionnels, qui estiment que leurs concurrents d'un mois utilisent des méthodes déloyales en modifiant leurs activités au gré des circonstances. El Hajja Halima occupe depuis vingt ans la même place dans la souika de Rabat. Ses clients adorent ses crêpes et elle est fière de sa réputation, mais se dit déçue de ne pas gagner plus. "A mon âge, je ne peux plus rien espérer. Depuis des années, je vends des baghrirs. Je me réveille à l'aube pour tout préparer. C'est une pâtisserie qui nécessite du temps et de la patience, sinon on ne le réussit jamais. Regardez-moi toutes ces petites qui veulent maintenant tout s'accaparer, disant que notre temps est révolu", déclare-t-elle avec un air ironique, montrant une jeune fille vêtue de la djellaba et se cachant le visage avec un foulard, feignant de ne pas entendre la vieille femme.

"El Hajja répète toujours la même chose", réplique la jeune femme. "Je ne réponds jamais. C'est une vieille femme qui ne veut pas comprendre que nous aussi, les jeunes, nous n'avons pas d'autre activité que celle-ci. D’ailleurs, ce n’est que l'affaire d’un mois, pour acheter mes livres pour l’université."


[Sarah Touahri]

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