17 juin 2007

Le marché de la fripe : rue Laghza ou rue Souika un commerce en plein boom

Le marché de la fripe connaît une expansion ahurissante. On le trouve dans toutes les villes du Maroc de Tanger à Laguouira. Et la clientèle qui s’y approvisionne est encore plus ahurissante. Les plus riches s’y bousculent avec les plus pauvres... Pourtant la fripe reste une marchandise de contrebande introduite illégalement dans le pays.


Dans le monde de la fripe, tout se vend et s’achète, le commerce de la fripe n’est plus cantonné dans les marchés aux puces. De plus en plus de boutiques de fripe ouvrent leurs portes dans différents quartiers populaires. L’exclusivité de la joutiya de Rabat, ou de souk Laghzal, n’est plus qu’un lointain souvenir.

Dans la rue Laghza à Rabat, qui est le prolongement naturel de l’avenue Mohamed V, le commerce de la fripe est en effet devenu une activité florissante. Ce n’est plus la chemise ou le pantalon uniquement qui se vendent, mais toute la filière de l’habilement : chaussures, sac à main, chapeaux et même les soutiens gorges et autre lingerie féminine. Dans la seule médina de Rabat, une centaine de magasins sont spécialisés dans la fripe. Chacun a son rayon : chaussure, lingerie, chemises pour homme ou manteaux et blousons.

Au quartier Yacoub El Mansour et à Temara, c’est la même chose. Les magasins de la fripe ont leurs habitués de toutes catégories sociales. On y vient de loin pour s’approvisionner en chaussures bonne qualité et vestes importées. Les vestes et manteaux d’Italie ont la cote chez les fonctionnaires de la capitale. En hiver, le prix du manteau en laine ou en cachemire peut atteindre les 2 000 DH. Mais cela reste le quart du prix réel de ces articles signés qu’on est sûr d’être seul à porter. Certains font des centaines des kilomètres pour s’en procurer dans un marché de fripe.

Depuis quelques années, une vraie filière de la friperie s’est installée dans la capitale. Des grossistes acheminent les balles de fringues par camion de la région de Nador et Tétouan. Une fois la marchandise arrivée à Rabat, elle est ensuite distribuée aux détaillants.

Dans la rue Souika à Rabat, la majorité des vendeurs de fripe sont originaires de la région de Fkih Bensaleh. Ils ont élu domicile dans un Foundouk transformé en Kisaria (galerie commerciale). Le soir, à partir de 8 heures, toute la place du marché central se transforme en un immense Souk où les marchands à la sauvette investissent la chaussée bloquant même la circulation des piétons. Bien sûr, la fripe a sa part des étalages.

Souk Laghzal

À Souk Laghzal, dans le quartier de Yacoub El Mansour, il faut être un lève tôt, le dimanche, pour pouvoir dénicher une bonne pièce. C’est vers 7 heures du matin que les vendeurs commencent à décharger leur fourgonnette bourrée de balles de fringues. Les clients les plus avertis viennent à cette heure de la matinée et commencent à chercher dans les balles avant même que les marchands ne terminent la mise en place de leurs étalages.

Les vendeurs, eux, ne sont pas des enfants de coeur. Pas question de balancer tous les articles au même prix. Une fois les balles ouvertes, ils font le tri des articles par catégorie. Le premier choix, le deuxième et le troisième. Pour une chemise de la première catégorie, le prix est de 50 DH, la deuxième catégorie est entre 30 et 40 DH, tandis que la troisième catégorie, elle, est vendue à 20 DH. Au marché de la fripe, on trouve de tout. Les vêtements sont entassés pêle mêle, mais par catégories : les soutiens gorges avec les soutiens gorges, les tee-shirt avec les tee-shirt et ainsi de suite pour ce qui est des pantalons, vestes, chaussures, slips, ceintures, pyjamas et même couvres lits...

Apparemment, les vêtements usagés ne sont plus le seul apanage des pauvres. Une nouvelle catégorie sociale vient emboîter le pas aux petites bourses. À Souk Laghzal, les clients sont de toutes les conditions et chacun trouve son lot. Ils se précipitent sur les fringues et remuent toute la balle pour dénicher la pièce tant recherchée.

Les clientes « in » cherchent les foulards en soie et les robes signées. Souvent, elles avancent à qui les prend sur le fait qu’elles sont là juste pour acheter des habits à leur bonne ou pour faire des achats au profit d’une oeuvre de charité. Les plus franches affirment chercher des marques signées. Car dans les balles, on trouve des articles de très grande qualité presque neufs et même des articles totalement neufs, avec leur étiquette. Il s’agit des fins de série dont se débarrassent parfois les grandes surfaces ou les grands magasins occidentaux.

Pour les ménagères de la classe populaire, leur seul intérêt est le prix. « Il faut que j’habille une famille nombreuse » avance une femme ayant la quarantaine. À part les jeunes et les femmes, la clientèle masculine n’est pas très regardante sur la mode. Certains affirment acheter des fringues de la fripe pour des raisons professionnelles, ils sont majoritairement des travailleurs manuels ou des artisans.

Quoiqu’il en soit, au marché de la fripe, tout le monde trouve son compte : hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Le Souk Laghzal à Rabat, a une particularité par rapport aux autres souks de la ville. Il a lieu chaque dimanche matin. Les vendeurs, quant à eux, viennent de tous les coins du Maroc. Certains parcourent le Maroc avec leur fourgonnette chargée de balles de fringues qu’ils déballent dans chaque ville, le jour du souk.

Prix fixe et aucune garantie

Au marché de la fripe les prix sont ce qui attire le plus. Généralement ils sont les mêmes dans tout les souks de la fripe à quelques dirhams près. Le prix d’une chemise varie entre 10 et 40 DH, selon la nature et la qualité de chaque pièce. Le foulard se vend à 2 DH. Le tee-shirt pour enfants varie entre 5 et 13 DH. Les pulls pour hommes entre 20 et 30 DH. Les pulls pour femmes démarrent à 15 DH, les pulls en angora qui sont les plus prisés sont à 40 DH. Les vestes pour hommes varient entre 25 et 100 DH selon le tissu.

Ces dernières années, les chaussures, les sandales et les espadrilles ont fait leur apparition en force dans les marchés de la fripe. Des boutiques se sont même spécialisées dans ce commerce juteux. Pour ce qui est des prix, ils varient entre 50 et 350 DH.

Le prix n’est pas le seul argument qui attire les clients. La marque et la qualité sont aussi une raison qu’évoquent les amateurs de la fripe. Par exemple, une paire de chaussures de marque connue coûte 350 DH.

Lingerie de maison, fauteuils et tapis

Dans les marchés des balles, comme à la joutiya du quartier Akkari à Rabat, en plus des habits usagés, on trouve actuellement de la lingerie de maison, des rideaux, des nappes, des draps, des couvres lits et des housses. On trouve même des peluches et des jouets bon marché.

S’agissant des prix, un drap pour deux personnes se vend à 35 DH, les serviettes de bain varient entre 40 et 50 dirhams l’unité. Quant aux rideaux, l’unité est à 40 DH.

D’où provient la marchandise ?

La fripe arrive du marché européen en général et d’Espagne, d’Italie et de France en particulier. Mais aussi d’Allemagne et de Hollande. Une fois sur le territoire marocain, les balles suivent un circuit bien défini et connu. Elles se vendent en gros dans le marché des balles des villes du nord du Royaume. En l’occurrence Tanger, Asilah, Nador, Tétouan... Et dans les enclaves Sebta et Mellilia. Les acheteurs les revendent aux détaillants à travers les villes.

Depuis quelques années, la contrebande de la fripe a gagné du terrain dans les villes du nord, comme Tétouan et de l’oriental, comme Nador. L’électroménager ne constitue plus un attrait pour les passeurs. Les prix de la marchandise locale ont nettement baissé, en plus de la baisse considérable des taux de douane appliqués à l’électroménager d’importation. Le filon le plus lucratif est le marché des balles de fringues déjà utilisés, ou démodés, ou issus d’un lot de marchandises non conformes aux normes de qualité européennes.

Les balles tirent leur nom de la forme de l’emballage de la marchandise conditionnée dans d’énormes sacs compressés. Une seule balle peut atteindre les 100 kg. Les balles sont négociées à Sebta et Mellilia, ensuite, elles sont acheminées par fourgons jusqu’à Tétouan où une bourse du marché de la fripe s’est installé. La marchandise arrive par bateau aux deux présides occupés. Stockée dans de grands hangars, elle est ensuite négociée.

Il est très rare qu’un acheteur connaisse la nature des produits que contiennent les balles.

L’opération la plus délicate est la traversée des points de contrôle douanier sur la route vers le Maroc. Pour cela toutes les astuces sont bonnes : mulet, âne, ou dos de passeur.

Ces dernières années, des instructions ont été données aux différents services de sécurité, en premier les douaniers pour lutter contre l’introduction des balles, accusées d’être la source de malheur du secteur de la confection et de l’habillement au Maroc.

Quand la répression s’accentue, les contrebandiers recrutent des « fourmis » : des jeunes et des femmes qui font sortir de petites quantités de fripe des deux villes occupées. Le point de chute est une voiture qui ramasse toute la marchandise et fonce vers Fnideq, Tétouan ou Nador.

Dans la ville de Fnideq un célèbre souk se tient chaque dimanche matin. Il attire chaque semaine des milliers de clients de tout le Maroc, en plus de revendeurs qui viennent s’approvisionner en marchandises.

Le marché de la fripe a encore de beaux jours devant lui, malgré les campagnes de lutte conte la contrebande, surtout au nord. Et pour cause ! Les produits qui alimentent le marché marocain en vêtements sont fabriqués avec un tissu de basse qualité. Les prix, eux non plus, ne représentent pas une bonne adéquation qualité/prix. Le choix est donc vite fait...


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Dans la région de Beni Mellal et Khouribga, l’électroménager bonne occasion a aussi son marché, depuis les années quatre-vingt. Les immigrés qui rentrent au pays en été en provenance d’Italie, remplissent leur camionnette de « cadeaux » mais aussi d’un bric à brac d’appareils électroménagers. Ces camionnettes font la navette entre le Maroc et l’Italie. Parfois, les personnes intéressées peuvent acheter la marchandise dans les coffres de camionnettes qui deviennent des étals ambulants sur les places publiques.

Mohamed El Hamraoui

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