23 janv. 2010

Sit in à Rabat : la colère des ingénieurs

LE REPORTER

Décidément, nos ingénieurs n’en peuvent plus. Le mouvement revendicatif qu’ils avaient entamé par des meetings régionaux, suivis par le port du brassard dans les lieux de travail, le 11 novembre dernier, continue …

Ils viennent d’observer, sous l’encadrement de l’UNIM (Union national des ingénieurs marocains) un sit-in au quartier administratif à Rabat où une centaine d’ingénieurs, notamment des architectes et des topographes de différentes villes du pays, s’étaient donné rendez-vous pour attirer plus d’attention sur leurs revendications. A savoir l’amendement de leur statut, l’organisation de l’exercice de la profession dans le secteur privé, l’amélioration des conditions matérielles et professionnelles à travers notamment les mutuelles et les œuvres sociales, la révision du système des retraites, la mise en place de la formation continue, la démocratisation de la désignation aux postes de responsabilité selon les critères du mérite, etc.

Dans un communiqué publié à l’occasion, les ingénieurs appellent à «l'amorce d'un dialogue sérieux et immédiat entre le gouvernement et l'UNIM». En fait, les responsables de ce syndicat professionnel veulent que suite soit donnée aux rencontres tenues récemment avec les responsables des départements du Transport, de l'Habitat et de la Modernisation des secteurs publics. Et ils rappellent, à ce propos, la réaction positive du côté de l’exécutif marocain qui trouve que «le dossier revendicatif de l'UNIM est rationnel et compréhensible». «Ce dossier comprend des revendications qui seront satisfaites et d'autres nécessitant davantage de débats», a alors indiqué le ministre chargé de la Modernisation des secteurs publics, en marge de la réunion du comité technique chargé de la préparation de la rencontre avec les représentants de l'UNIM. Le ministre a également souligné que le gouvernement demeure disposé à garder le dialogue ouvert avec l'UNIM et qu’il accorde un intérêt particulier à ce dossier».

Ils annoncent un débrayage


On signale également que le Premier ministre avait chargé le département de la Modernisation des secteurs publics d'assurer le suivi et la coordination de ce dossier, dans le cadre du comité technique où sont représentés les départements concernés. La réunion de ce comité, rappelle-t-on, examine le dossier revendicatif des ingénieurs marocains, notamment les points portant sur la révision du régime des indemnités et l'amendement du statut de l'Ordre national des ingénieurs et des architectes. D’ailleurs, selon Abdellah Saïdi, président de ce syndicat professionnel, la principale revendication concerne notamment la loi de 1995 portant statut de l'ingénieur. «La situation des ingénieurs n'a pas beaucoup évolué depuis la promulgation de cette loi», indique-t-il en déplorant «les conditions matérielles et professionnelles des ingénieurs du secteur public». Il cite notamment le statut spécial du corps des ingénieurs et des architectes interministériels qui n’a connu aucun changement depuis sa promulgation en 1985. «Les salaires des ingénieurs n’ont enregistré qu’une augmentation depuis 23 ans», rappellent les responsables de l’UNIM qui, tout en espérant que le gouvernement soit plus attentif aux doléances présentées, annonce le prochain rendez-vous de cette action revendicative : une grève le 11 février prochain.

Alors les 10.000 ingénieurs ?

L’objectif de former «10.000 ingénieurs et assimilés» à l’horizon 2010, lancé en 2006 prévoyait de doubler le nombre puisque l’on était à 4.284 ingénieurs et assimilés. Soit 1,43 ingénieur pour 10.000 habitants contre 6 ingénieurs en Europe de l’Est et 2,5 en Tunisie.

Cette action, conçue pour accompagner le programme Emergence industrielle, prévoyait un budget de 700 millions de dirhams alloué à 28 établissements relevant de 13 universités dont 10 écoles d’ingénieurs. Selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, établis sur la base des inscriptions du début de cette année universitaire, 10.600 seront sur le marché en 2010. Les écoles publiques d’ingénieurs fourniront 4.000 lauréats.

On notera par ailleurs le programme «Injaz», lancé dans le cadre «Maroc Numeric 2013», qui permettra à 80.000 élèves ingénieurs d'acquérir des portables et d'avoir un accès Internet à des conditions très avantageuses, grâce à une subvention de l'Etat à hauteur de 85%. En effet, selon le ministre de l’Industrie du commerce, Ahmed Reda Chami, le choix de limiter "Maroc Numeric 2013" aux seuls ingénieurs répond à l'objectif du gouvernement de former 10.000 ingénieurs à l'horizon 2010. Ce qui n'exclut cependant pas la possibilité d'élargir ce programme à d'autres filières de l'enseignement scientifique.


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