Rabat: Le pari de la transition technologique
· Les fondations sont posées, et les premiers succès sont là
· Mais les «vieilles» industries sont capitales pour le dynamisme régional
· Séduits par la qualité de vie, les cadres casablancais émigrent à Rabat
L’objectif avoué de Rabat et sa région est de se placer en compétiteur crédible face à Casablanca pour l’attractivité territoriale et asseoir son rang de pôle économique. Ce pari n’est pas un rêve, il est parfaitement accessible, conviennent unanimement les acteurs économiques qui ont pris part à la table ronde de L’Economiste. Qu’ils soient du privé ou du public, tous partagent la même conviction.
Sur les plans économique et social, la région est en mutation profonde. Pour le commun des mortels, l’aspect le plus visible aujourd’hui est l’effervescence créée par les grands travaux au cœur de la ville, le tramway et, de l’autre côté du fleuve, la vallée du Bouregreg.
Côté urbanistique, la capitale a pris plus qu’une longueur d’avance sur ses concurrentes dans le Royaume. Le respect des règles d’urbanisme, c’est une lapalissade plus stricte que dans les autres grandes villes du pays. Adgal et surtout Hay Riad sont des motifs de fierté de cette ville. Il reste à espérer que celle-ci ne se coupe pas en deux, car ces très bels endroits auront du mal à cohabiter avec la persistance de quartiers où domine l’habitat insalubre. De la réduction des écarts dépendra le maintien des équilibres sociaux de la ville. Plus globalement, c’est un mouvement de fond qui est en train de se faire dans toute la région, bien au-delà de son chef-lieu qui passait jadis aux yeux des investisseurs et des cadres, comme étant avant tout la capitale administrative.
Cette image s’estompe progressivement à la faveur des politiques publiques. Dans l’arrière-pays de Rabat, le succès du complexe de Technopolis est bien au-delà de ce que pouvaient espérer ses promoteurs. Le financement du site est bouclé depuis fin 2008, assure Mohamed Ali Ghanam, PDG de MedZ via une syndication bancaire qui a permis de mobiliser 2,4 milliards de dirhams pour la première tranche. Les assurances du patron de MedZ visent aussi tous les investisseurs intéressés par ce site. La réflexion se poursuit pour la réalisation de la deuxième tranche.
Le site de Technopolis qui est un des arguments du Royaume sur le marché mondial de délocalisation des services à valeur ajoutée, attire quelques majors mondiales: Axa, BNP Paribas et les autres. Ces grands groupes sont autant de prescripteurs pour la destination marocaine. Selon les estimations, il faudra d’ici la fin de l’année prochaine un peu plus de 15.800 personnes qualifiées pour ce seul secteur. Preuve du poids que prend désormais cette activité dans l’économie régionale, celle-ci cristallise à elle seule plus du quart des besoins en ressources humaines de la région en 2009/2010. Les universités et écoles d’ingénieurs toutes proches vont devoir irriguer le secteur en compétences.
Sur la mappemonde de l’off-shoring, Rabat aurait donc plus qu’un argument à faire valoir, si en plus elle se donne les moyens d’accueillir et de loger des milliers de cadres qui vont travailler dans les entreprises de la région. Cette fibre technologique est la grande surprise pour une région qui passait il y a peu encore comme le quartier général des administrations. Il reste au système de financement d’assimiler ces nouvelles activités.
L’arrivée de ces grandes enseignes dans l’offshoring avait été précédée quelques années plutôt par celle de sociétés de centres d’appels. Ce processus est la preuve que le Maroc a amélioré sa compétitivité sur un créneau que se disputent les pays émergents. Un groupe à capitaux roumain Genpack, leader mondial dans le BPO, vient de délocaliser son plus grand centre d’appels à Rabat. Celui-ci emploiera 500 personnes au total. Toujours dans le même secteur, un autre groupe, Teleperformance, va s’installer à Témara.
Comme dans beaucoup de métropoles en croissance, le problème du logement reste entier à Rabat. Pour les milliers d’employés des centres d’appels ou ceux qui travaillent dans les usines de composants électroniques par exemple, la seule option possible, c’est de traverser le Bouregreg et s’installer à Salé. Ceux qui le peuvent ou qui y trouvent un job, vont à Témara. Qu’ils cherchent à louer ou à acheter, les prix sont souvent hors de portée de leur capacité à l’intérieur de la ville, voire dans les quartiers périphériques.
Pour les populations des cadres, les classes moyennes au sens de l’enquête du Haut Commissariat au Plan (HCP), c’est la même équation. Il n’empêche que la qualité de vie de Rabat exerce une forte attractivité auprès de cette population. C’est cela qui explique le phénomène tout récent de l’émigration des cadres casablancais vers Rabat. Il y a certes des raisons professionnelles, mais ils sont de plus en plus nombreux à fuir la pollution atmosphérique et sonore de la grande métropole. Les navettistes ne sont plus nombreux que dans le sens Casablanca-Rabat, mais aussi dans celui Rabat-Casablanca. L’arrivée massive de cette classe moyenne impose à la ville un redimensionnement des infrastructures: l’école, la santé, les routes, l’assainissement,.. sur les loisirs, il y a eu de grandes avancées. L’image de Rabat-ville morte après les heures de bureau, est aujourd’hui une légende. La capitale administrative du Royaume est aussi sa capitale de l’événementiel. Il s’est développé par ailleurs une grosse «industrie» de restauration dans la ville, et cela, ne peut qu’être un plus pour attirer les hauts potentiels dont auront besoin les entreprises de nouvelles technologies qui s’installent dans la région. Tout comme la population des professions libérales - avocats, architectes, experts-comptables,... et des milliers de TPE et PME qui accompagneront l’essor économique de la région.
Abashi SHAMAMBA
Libellés : Economie, Vie de la cité


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