2 juin 2009

Mawazine 2009 : retour sur quelques moments forts

REPORTER

Avant d’être entaché par ce drame survenu à la fin de tous les spectacles, Mawazine aura été, de bout en bout, une grande fête. Arrêt sur quelques moments forts.

Daoudi et Daouda : Les foules en transe

Les scènes de Mawazine ont continué au cours des trois derniers jours de présenter différentes couleurs musicales de l’immense océan des rythmes du monde. Le public, bien heureux de la chance qui lui est offerte, a afflué en masse à tous les concerts. Ainsi, les épris de la musique chaâbi, se sont procurés bien du plaisir à danser et pour certains d’entrer en transe au rythme produit par les deux pionniers de la scène chaâbi marocaine : Daoudi et Daouidia. Cette soirée dédiée en entier au style chaâbi, a attiré un public assez hétérogène. Un public de tout âge venu de Rabat, Salé, témara, mais aussi de Casablanca et d’autres villes. Tout ce monde a envahi l’estuaire du Bouregreg.

Daoudi, pour envoûter son public, a ouvert son concert par sa fameuse « Ayta Daouidia », acclamée jusqu’au bout par les milliers de spectateurs qui venaient témoigner leur préférence pour cette couleur musicale très prisée par une bonne partie des Marocains. Daoudia non plus n’a pas démérité. Elle a été, elle aussi, vivement acclamée. Stati l’a été encore plus puisque pas moins de 70.000 spectateurs ont afflué vers la scène de Hay Nahda pour le voir. C’est dommage qu’il y ait eu cet incident dramatique juste après un spectacle qui aura été inoubliable.

Kadem Saher : Une légende arabe à Mawazine

La magie artistique n’a pas connu de répit à Mawazine. La star irakienne Kadem Saher était aussi de la fête. Cette figure emblématique de la chanson arabe a enchanté un public, fort nombreux, féru de ses chansons si poétiques. L’artiste connu et aimé dans tout le monde arabe a interprété ses titres les plus célèbres, dont «Nasito Daii", "Zidini Ishkan", "Madrassat Al Hob", "Koli Ohiboka" et "Anssa AlAlam".

Le secret du style Kadem Saher demeure sa fidélité à la musique classique et traditionnelle iraquienne. Kadem sait si bien broder un rythme qui se veut moderne, mais avec des bases classiques. C’est ce qui fait le grand succès de cet érudit de la chanson arabe.

Jazzy : L’originalité du mélange

Du jazz enrobé de musique arabe a été dirigé par l’éminent guitariste américain, Al di Meola et le maître marocain du Luth Saïd Chraïbi. Ce spectacle a fait salle comble mercredi au Théâtre Mohammed V. Plus de 1500 spectateurs ont pu apprécier la communion entre ces deux génies. Laquelle communion a donné lieu à une création musicale inédite, véritable succès de cette 8ème édition.

L’exceptionnelle soirée de fatma Tabaamrant

La diva de la musique amazighe, Fatma Tabaamrant a subjugué le grand public venu l’acclamer. L’artiste, accompagnée de quelques danseuses très habiles, a enflammé la scène. La légende de la musique berbère a offert au public ses plus beaux succès.

Dans le public, il a suffi à Fatma Tabaamrant d’égrèner l’un de ses titres les plus connus pour que certains commencent à suivre mot à mot les refrains lyriques de ses poésies amazighs.

Ce n’est pas un hasard. Fatma Tabaamrant est l’une des figures les plus emblématiques de la chanson amazighe traditionnelle. Son répertoire musical constitue un élément substantiel dans le puzzle artistique du patrimoine berbère marocain.


Romance : Le Chellah a vibré au rythme de Joubran


Le fameux site du Chellah a vibré au rythme d’un exceptionnel concert donné par le Trio Joubran. Les trois frères, Samir, Wissam et Adnan, accompagnés de leur percussionniste, ont séduit le public avec des airs assaisonnés du jeu remarquable de leur instrument fétiche, l’oud. Les frères ont clôturé leur concert en chantant en chœur avec le public la chanson d’Abdelhamid Hafez, « Ahwak ». Le public ému, a ardemment applaudi le groupe palestinien qui a souligné son attachement au Maroc et à son peuple.

Hay Nahda : Najwa Karam chez elle

La scène de Hay Nahda a accueilli le concert tant attendu de la chanteuse libanaise à la voix somptueuse, Najwa Karam. Des milliers des fans ont afflué vers le lieu du spectacle pour se régaler de cette soirée exceptionnelle de l’artiste.

Le concert a été retransmis en direct à la télévision pour permettre aux spectateurs n’ayant pas pu assister directement au spectacle de vivre l’émotion délivrée par la superbe voix de Najwa Karam. L’artiste, rappelons-le, a été accueillie par des dizaines de fans à son arrivée, au son des « Dkaykeya ». Un accueil qui témoigne de l’attachement d’une grande partie de la population marocaine à cette diva de la chanson arabe. Elle-même émue par cet accueil, la chanteuse était à court de mots pour remercier ses hôtes.

Rythmes du Monde : Johnny Clegg le zoulou

Dans sa première représentation au Maroc, la légende zouloue, Johnny Clegg, a également émerveillé le public. L’artiste a interprété ses plus grands succès, dont « Scatterlings of Africa » ou « Asimbonanga », avec des chorégraphies zouloues qui font la particularité de ce grand musicien sud africain.

Buena Vista Social Club : Des airs cubains…

Le groupe Buena Vista Social Club a à son tour attiré un public si friand des airs épicés de la musique cubaine. Le chanteur du groupe, Eliades Ochoa, a repris plusieurs titres du chanteur fétiche de Buena Vista Social Club, Compay Segundo, au grand bonheur du public qui n’a pas pu s’abstenir de danser pendant toute la durée du concert. Une preuve de plus que la musique est un langage universel.


Said Naoumi


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Stevie Wonder… Wonderful !

Ceux qui ont assisté au concert de Stevie Wonder en sont revenus complètement conquis. Non pas par l’artiste. Ce n’était pas ce jour-là qu’on allait découvrir son talent. Tout le monde a entendu, si ce n’est fredonné un jour, les grands succès de Stevie Wonder comme « superstition », « isn’t she lovely ? », « You are the sunshine of my life »… Mais par l’homme.

Il est vrai que les milliers de spectateurs qui avaient fait le déplacement étaient venus pour voir l’artiste. Le public était impressionnant. Des Marocains, des étrangers, des jeunes, des moins jeunes… Stevie Wondeur est l’idole de plusieurs générations. C’était amusant de voir ces couples enlacés, regardant vers la scène, se balançant au rythme des mélodies. Ou bien ces jeunes levant les bras au ciel et sautillant en chantant avec l’artiste. Ou encore, ces enfants, sur les épaules de leurs parents, répétant les couplets les plus connus du chanteur…

Il faut dire que Stevie Wonder a fait bien plus que chanter ses hits. Il a constamment mis à contribution le public, lui permettant de l’accompagner, en répétant les airs que les spectateurs semblaient apprécier davantage, lui faisant répéter des refrains, aux envolées orientales, inventés pour la circonstance et inspirés par le pays, lui demandant de compter avec lui, à rebours, à partir de 5 et en arabe… Stevie était magistral, en chantant comme en jouant de ses instruments. Notamment à l’harmonica qui, sous son souffle, vous scie le cœur en deux. Et il était en même temps drôle et tellement professionnel !

Mais ce qui a encore plus touché l’assistance, c’est Stevie Wonder, l’homme. Un être sensible qui dit qu’il reviendra au Maroc pour chanter au profit des non voyants (lui qui a perdu la vue, à l’âge d’un mois, dans une couveuse, du fait d’une erreur médicale). Un père au cœur débordant de tendresse qui, après que sa fille Aïsha ait chanté de sa voix chaude, l’a serrée contre lui, bouleversé, les écrans géants l’ayant montré au bord des larmes. Un défenseur des causes nobles auquel son succès phénoménal ne fait pas oublier les démunis. Il a chanté à l'investiture du président Barak Obama, mais il parle encore de vouloir chanter pour les pauvres d’Afrique (un autre we are the word). Tout simplement wonderful !

BA

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