le Centre Mohammadia de Bab Chellah : espace pour mendiants et enfants abandonnés
Rouée de coups et jetée enceinte dans la rue par son mari, Naïma a vécu une descente aux enfers dans les rues de la capitale avant de trouver la planche de salut dans le Centre Mohammedia pour la protection sociale, dont elle a entendu parler de bouche à oreille.
Une vraie renaissance pour cette mère de deux fillettes, rencontrée au centre. «J'ai retrouvé espoir et repris confiance, grâce à l'aide, l'accompagnement et le soutien psychologique du personnel de ce centre, qui m'a aidé à reprendre ma fille, dont j'ai été privée pendant trois ans et qui était maltraitée par son père et sa seconde femme», confie-t-elle à la MAP.
Naïma a trouvé réconfort et soutien moral au Centre Mohammadia. Le Centre s'investit dans la lutte contre la mendicité et le vagabondage. En plus de la réinsertion familiale et institutionnelle, le Centre Mohammadia offre la possibilité d'une insertion professionnelle au profit des personnes en situation difficile, indique Ahmed Zaoui, responsable de la communication INDH à la Wilaya de Rabat-Salé-Zemmour-Zaërs.
Objectif, la sensibilisation et l'écoute
Dans ce cadre, des conventions de partenariat seront conclues incessamment avec l'Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), le ministère de l'Artisanat et le ministère de l'Agriculture et de la Pêche maritime. De même, un partenariat est envisagé avec le Centre hospitalier universitaire de Rabat pour accorder la priorité aux malades reçus au centre, annonce-t-il.
Le Centre Mohammadia pour la protection sociale, créé en mai 2008, se trouve à Bab Chellah (ancienne médina de Rabat). Il accueille, chaque jour, en moyenne 20 personnes en situation d'errance, recueillies par les membres des Unités mobiles d'assistance sociale (Umas). Dans la cour, des vieillards, handicapés mentaux ou physiques, mais surtout des mendiants, en majorité des femmes, fraîchement arrivés. Ils sont sensibilisés et écoutés par une équipe d'assistantes sociales récemment recrutées dans le cadre d'une convention conclue avec le Ministère de développement social, de la solidarité et de la famille.
«L'objectif est de les dissuader de retourner à la mendicité», affirme le directeur du centre, Abdenbi Chouit.
L'équipe doit d'abord procéder à leur identification, établir un fichier afin de procéder à une enquête sociale, explique M. Chouit.
Une enquête-échantillon du Centre Mohammadia révèle que 52% des mendiants sont des femmes, et 33% des enfants.
Près de 53 pc des personnes mendient en compagnie de leurs enfants, «la plupart du temps pour susciter la compassion et la pitié», précise M. Zaoui.
En outre, près du quart des mendiants reçus au centre habitent la ville de Rabat, les autres sont originaires d'autres villes du Maroc, selon l'enquête.
Parmi les groupes vulnérables hébergés provisoirement dans le centre figurent également des femmes affectées psychologiquement par la violence et la pauvreté, à l'image de cette jeune fille de 19 ans, mère d'un garçon né à la suite d'un viol. Rencontrée dans l'un des dortoirs du centre, elle ne se confie pas facilement. Victime de la séparation de ses parents, elle aurait été violée par le compagnon de beuverie de son père. «J'ai décidé de quitter la maison et j'ai subi une autre grossesse non désirée», a-t-elle confié.
En phase d'accompagnement psychologique dans le centre, elle essaye de remonter la pente. «Après l'accouchement, elle sera engagée par l'association Mohammadia pour la protection sociale, gérante du centre», assure M. Saïd Belbachir, président de l'association, professeur universitaire et ex-ministre.
Afin de favoriser l'autonomie de ces femmes vulnérables, le centre leur offre une formation (couture, broderie et autres travaux manuels). Il s'agit d'une action menée en partenariat avec le tissu associatif local, notamment l'association Mohammadia pour la Protection sociale.
«Nous envisageons de signer des conventions avec les grandes surfaces en vue de la création de stands présentant à la vente des produits de ces femmes», indique, pour sa part, Mme Aicha Datsouli conseillère de l'association Mohammedia.
De nouveaux espoirs naissent pour ces enfants
Redonner espoir à ces personnes en situation précaire, telle est la devise du centre qui s'occupe aussi des enfants mendiants ou victimes de dislocation des liens familiaux. C'est notamment le cas de cette fillette et de ses trois petits frères, retrouvés dans un état lamentable par les équipes du centre dans une masure. Admis au centre, et entourés de chaleur et d'affection, ils commencent à retrouver goût à la vie, en jouant dans un dortoir. «Ils ont été abandonnés dans une masure par leurs parents, malades mentaux. Leurs corps étaient couverts de crasse», rapporte la gouvernante du centre Fatima Houmayez.
Déjà marqués par les épreuves de la vie, certains enfants gardent, malgré tout, le sourire. «Je mange bien, je vais à l'école et je joue», dit Samir, un enfant de 8 ans qui vivait avec ses parents et ses cinq frères et sœurs dans une seule pièce au quartier l'Océan de Rabat. «Son père, un concierge, l'a amené au centre pour être scolarisé. Il l'a depuis abandonné», déplore-t-elle.
De nouveaux espoirs naissent pour ces enfants défavorisés auxquels le centre offre un cadre protecteur et propice à la réinsertion. «On leur offre soins et nourriture, hébergement, scolarité et formation professionnelle, notamment dans la maréchalerie pour les jeunes âgés de 16 ans afin de leur permettre de réussir leur intégration sociale et de garder leur dignité», soutient M. Belbachir, ajoutant que dix enfants hébergés au centre sont scolarisés par l'association.
Dans le but de pallier à la faiblesse de la capacité d'accueil qui compromet les efforts de lutte contre la mendicité et le vagabondage, trois nouveaux autres centres ouvriront bientôt leur porte : un centre pour enfants en situation difficile, un autre pour personnes âgées sans abri à Yaâcoub Al Mansour, et le nouveau complexe social Aïn Atig.
Outre le Centre Mohammadia, ces infrastructures d'accueil supplémentaires s'inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie préfectorale de la Wilaya.
D'une capacité d'accueil de 1.600 personnes, ces centres vont offrir aux enfants abandonnés, aux personnes âgées démunies sans abri et aux malades mentaux un nouveau cadre de vie garantissant leur droit à la dignité, souligne M. Zaoui. Ils focaliseront sur l'écoute, la sensibilisation et l'insertion des pensionnaires, au lieu de se cantonner dans la vocation traditionnelle d'hébergement et de restauration.
Par MAP
Libellés : Social et Habitat


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