Rabat - Quel bilan du conseil de la ville ?

La majorité se félicite, l'opposition crie à l'inaction.
Dresser le bilan du conseil de la ville de Rabat est une tâche délicate. A quelques encablures des élections communales, il est difficile de se livrer à cet exercice sans faire le jeu d'une partie au détriment de l'autre. Etre trop critique revient en quelque sorte à apporter de l'eau au moulin de l'opposition.
Dans le cas inverse, on risque d'offrir à la majorité des arguments pour réussir son marketing électoral. Il est primordial de ce fait de relever, d'une part les insuffisances de la gestion de la capitale mais sans tomber dans les pièges de ceux qui érigent l'opposition en principe. Et d'autre part montrer les réalisations mais tout en se gardant de verser dans la basse flagornerie.
Car, il est de notoriété publique que les conseillers de la majorité et ceux de l'opposition se sont toujours regardés en chiens de faïence. Plus que des adversaires politiques, certains se vouent une inimitié qui atteint le paroxysme. Le cas de Faouzi Chaabi, président de l'arrondissement de Rabat-Souissi et de Omar Bahraoui, maire de la capitale, est symptomatique. M. Chaabi estime que le conseil de la ville dont le mandat tire à sa fin incarne la mauvaise gouvernance. Il en veut pour preuve, les services municipaux concédés selon lui, " de manière absurde et au mépris du bon sens". Pour ce député PPS, Omar Bahraoui et sa majorité n'ont rien fait pour le développement socioéconomique de la ville. " Où est passé le fameux plan triennal annoncé en grande pompe en 2005! Je mets le conseil au défi d'en dresser le bilan" s'exclame-t-il.
De son côté, M. Bahraoui trouve que ceux qui le critiquent ne sont pas des modèles en matière de gestion de la chose locale et qu'ils ne sont pas aussi irréprochables qu'ils prétendent l'être. Il affirme aussi que Rabat a fait un saut qualitatif durant son mandat et qu'il n'a "jamais connu une telle dynamique dans son histoire". Et au passage, il ne se prive pas de décocher des pointes aux socialistes qui selon lui " ne lui ont jamais pardonné le fait d'avoir gagné la présidence de la mairie de Rabat, un fief qu'ils ont toujours considéré comme le leur". Mais les pourfendeurs du maire MP trouvent qu'il est indécent de se prévaloir des projets initiés par le Roi ou par le gouvernement. Pour eux, mettre des projets tels que le tramway à l'actif du conseil de la ville revient à s'arroger les mérite d'autrui.
A l'approche des communales, il devient plus difficile de distinguer ce qui relève de la surenchère électorale et ce qui relève de la critique constructive. Une chose est sûre, la bataille pour la mairie de Rabat sera sans merci où tous les coups sont permis.
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Les sabots bientôt généralisés
Le cas de Rabat Parking, la société qui gère le stationnement à Hassan a fait couler beaucoup d'encre, et pour cause. «On a permis à cette société délégataire d'immobiliser les véhicules des citoyens alors qu'en cas de litige, le plaignant gagne le procès sans coup férir», s'indigne F. Chaabi. M. Bahraoui affirme de son côté que «dorénavant, c'est la police administrative qui immobilise les véhicules.
C'est pourquoi, ceux qui cherchent à toucher les fameux 3000 DH d'indemnité seront déboutés». De plus, ajoute-t-il, il se trouve que l'avocat qui avait porté l'affaire devant la justice et qui a gagné le procès contre la société «n'est autre que l'avocat de quelqu'un, dont je tairai le nom, qui voulait racheter Rabat parking». Pa ailleurs, «aux gens qui trouvent anormal de payer leurs tickets pour garer leurs voitures, je leur rétorque que la rue c'est le domaine public et pour l'exploiter il faut payer!» Martèle le maire. Pour lui, tôt ou tard le stationnement payant sera généralisé. «Peut être, on n'en parle pas car les conseillers se gardent d'évoquer le sujet dans cette conjoncture électorale. Mais je pense que ce sera nécessaire pour fluidifier et organiser la circulation».
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«La ville est partie prenante dans les projets structurants»
Interview • Omar Bahraoui
Président du conseil de la ville de Rabat
Quel bilan dressez-vous du travail du conseil dont le mandat tire à sa fin ?
Ce qui a été réalisé est grandiose. Au début du mandat, on s'est attelé à la restructuration de la ville. Rabat était scindée en cinq communes. Après 2002, il fallait passer au système de «l'unité de la ville», donc à une seule commune. Il fallait gérer cette période transitoire. Car, chaque arrondissement avait ses spécificités, ses contraintes, ses problèmes et son mode de gestion. La première tâche donc est de développer une politique coordonnée, d'harmonier la vision et de refaire l'organigramme. Un travail titanesque. Mais on a pu le mener à bien malgré tout. Il fallait aussi procéder à une mise à niveau des services municipaux pour que certaines communes rattrapent leur retard par rapport à d'autres.
Pensez-vous avoir réalisé des choses que les habitants peuvent mettre à l'actif du conseil sortant ?
Nous avons fait des progrès énormes dans la lutte contre les bidonvilles. Nous avons pu résorber les douars les plus anciens d'habitat insalubre. Douar Koura est un exemple significatif à cet égard. A présent, plus de 70 % des bidonvilles ont été détruit malgré les obstacles notamment fonciers. Pour les jeunes, on a fait beaucoup de choses. Regardez ce complexe qui jouxte le conseil de la ville. Sans compter les maisons de jeunes qu'on a fait construire surtout dans les zones défavorisées. Et puis qui est derrière la création (prochaine) d'une école de football en partenariat avec le club de Réal Madrid ! Il y a aussi la réalisation de trois conservatoires de musique. Le quatrième est en cours de construction.
Mais, vos détracteurs disent que vous vous arrogez le mérite des projets que vous n'avez pas initiés ?
Rabat c'est la capitale de S.M. le Roi Mohammed VI. Cette ville lui est particulièrement chère. Elle bénéficie de son attention et de sa sollicitude. Dans tous les projets menés, que ce soit les projets initiés par le Roi ou le gouvernement, le conseil est partie prenante. Nous concédons des terrains, nous débloquons des crédits, nous mettons les moyens et la logistique de la commune au service de ces projets structurants. Par exemple, la commune de Rabat a offert un terrain de 100 hectares à l'Agence de Bouregreg. Ce faisant, elle contribue à ce projet pharaonique. Autre exemple, les travaux du tramway mettent la chaussée sens dessus-dessous et c'est la municipalité qui fait le ménage après. Puis sachez que le conseil de la ville est garant d'un prêt contracté par l'Agence d'aménagement du Bouregreg dans le cadre de ce projet.Ceux qui disent que la commune récolte les fruits des projets de S.M. le Roi ne vont pas donc jusqu'au bout de leur logique. Ils ne cherchent qu'à dénigrer les efforts du conseil. A des fins politiques, bien sûr.
En matière de gestion déléguée, on dit que le conseil a livré les habitants à des sociétés dont le seul souci est de rentabiliser leurs investissements !
Ce n'est pas vrai. Il fallait voir comment les services municipaux étaient gérés avant. Il fallait voir comment les camions de collecte des déchets étaient utilisés à des fins personnelles et comment on pillait le carburant des réservoirs des véhicules. Le mieux était donc de concéder ce service au privé sur la base d'un cahier des charges. Je pense que le résultat est probant. Idem pour le transport en commun. Avant c'était l'anarchie totale. On avait 20 opérateurs privés. Chacun faisait ce que bon lui semblait. On a fait un appel d'offres et on a choisi une société réputée pour son sérieux et la qualité de ses services.
Mais on a demandé aux opérateurs locaux de se regrouper pour faire partie d'un consortium. Il y en a qui ont opté pour un partenariat avec Veolia qui a remporté le marché et il y en a qui ont opté pour Kéolis. Quand cette dernière n'a pas été retenue, ceux qui l'ont choisie se sont mis à crier au complot. Concernant la Redal, je vous assure qu'elle est étroitement surveillée. A la moindre défaillance, les pénalités tombent. Idem pour la collecte des déchets. Il y a des commissions qui ne font que suivre le respect des clauses du cahier des charges. Le contrôle est étroit. On fait même appel à des sociétés étrangères pour auditer le travail des concessionnaires.
Propos recueillis par A. R.
Libellés : Social et Habitat, Vie de la cité

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