9 mars 2009

Communales de Rabat : l'opposition décoche ses flèches

Le Matin.ma

Le conseil de la ville accusé de manque de réalisations

Pour les prochaines communales, la présidence de la capitale est très convoitée par les partis politiques. Si le mouvement populaire a réussi en 2003 à décrocher la mairie de Rabat grâce à une alliance contrenature de presque toutes les composantes de l'échiquier politique, le poste demeure très prisé à présent par l'USFP qui veut reprendre la place qui lui a été retirée il y a six ans même si les urnes étaient favorables aux socialistes. Arrivés premiers aux élections communales de la ville, ces derniers ont essuyé une grande déception lors des tractations postélectorales.

Acculés à rejoindre les bancs de l'opposition, à côté du PPS, les conseillers du parti de la rose se livraient souvent à des bras de fer serrés avec la présidence. Depuis la mise en place du conseil, les guerres intestines n'ont, en effet, pas cessé. « En dépit de notre déception en 2003, nous voulions que notre opposition soit constructive même si les simples critères de l'action institutionnelle étaient absentes au sein du conseil car la présidence voulait préserver sa majorité. », tient à souligner le socialiste Driss Lachguer. Désormais, les usfpéistes gardent un œil très critique sur les réalisations du conseil municipal au cours du mandat d'Omar Bahraoui. Une commission s'attèle même à l'élaboration d'une étude détaillée des six dernières années et s'apprête à la publier.

On accuse le conseil de ne pas avoir pu contribuer au développement de la ville. Rabat connaît certes de grands projets tels que l'aménagement de la vallée de Bouregreg et celui de la corniche. Mais, toutes ces réalisations ne peuvent être mises à l'actif da la municipalité.

« On se demande quel est le seul chantier réalisé par la municipalité au cours des six dernières années ? Je n'en trouve aucun. », déclare D. Lachguer. Il tient à ajouter que les R'batis qui se réjouissent que leur ville a été transformée en chantiers sont conscients que les grands projets structurants ne relèvent pas de l'autorité du conseil municipal. Beaucoup de choses restent encore à faire. On fait référence au plan triennal (2005/2007) qui a enregistré des retards. Doté d'une enveloppe de 1,5 milliard de dirhams, ce plan est financé à 50 % par la ville. Il a pour objectif la restauration des monuments historiques, le ramassage systématique des ordures ménagères, l'assainissement des eaux usées, le développement des espaces verts, la disparition programmée des bidonvilles à l'horizon 2010 dans le cadre du programme national « Villes sans bidonville », l'organisation de festivals…

L'opposition décoche ses flèches en estimant que le plan, voté à l'unanimité, n'a pas abouti aux résultats escomptés. Si un grand intérêt a été accordé au centre ville et aux quartiers huppés de la capitale, les quartiers déshérités continuent de souffrir du manque de propreté, de la faiblesse des infrastructures, de la détérioration des chaussées…Un grand problème demeure également posé : l'habitat insalubre et anarchique qui continue de meubler le décor de certains quartiers de Rabat. Le transport urbain hante depuis des années les citoyens. Si l'appel d'offre a été gagné par Veolia qui a absorbé trois sociétés, les plaintes continuent de fuser de partout.

Le dernier rapport de la Cour des comptes met l'accent sur le sujet. Les juges financiers ont audité les ex-dix sociétés concessionnaires. Ils ont relevé les manquements au niveau de l'exécution des clauses des contrats de concession. La Cour constate que l'administration ne s'était pas préparée à l'échéance de la fin de la concession « contribuant à l'instauration d'un climat de doute sur la validité de l'exploitation du service de transport urbain et des débats sur la reconduction ou non des contrats de concession ». On signale que l'autorité délégante du service de transport urbain aurait dû prendre les mesures nécessaires pour le choix des concessionnaires avant l'arrivée à échéance des anciennes concessions ou, à défaut, procéder à la conclusion d'avenants approuvés par l'autorité de tutelle afin de donner une visibilité aux opérateurs du secteur pour les encourager à rajeunir leur parc et à mieux préparer leur candidature à l'attribution des contrats de gestion déléguée à la fin du contrat.

Selon le même rapport, la conception du réseau tel qu''il est prévu par le cahier des charges ne repose sur aucune étude préalable approfondie. La situation établie par la division des Finances locales à la wilaya de Rabat-Salé, les sociétés concessionnaires demeurent redevables à la commune de 8,3 millions de DH non encore prises en charge par le trésorier communal. Le montant correspond à l'exploitation durant la période 2002 à 2006.Bon nombre d'autres points sont soulevés notamment l'abandon de l'exploitation de lignes, le phénomène de surcharge, le non respect des obligations en matière d'équipement des itinéraires, dépassement du nombre des places assurées, vétusté du parc…

Le maire attribue la responsabilité à la wilaya : « Le dossier de la gestion du transport urbain est géré par les services centraux du ministère de l'Intérieur, tant au niveau de l'élaboration des études et des programmes que de la préparation des cahiers des charges. » Ce n'est pas la première fois que la Cour des comptes adresse des remarques à la municipalité de Rabat. Déjà le rapport, publié en 2007 et intitulé « Lettre d'observation relative à la gestion de la Commune urbaine de Rabat », était accablant. Il met en avant plusieurs faiblesses.

Le maire de la ville avait jugé ce rapport de positif puisqu'il apporte des critiques constructives et des remarques qui vont permettre d'améliorer la gestion de la communauté urbaine de Rabat.
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Réseau routier

Le réseau routier de la capitale ne peut pas être dissocié de celui de Rabat et de Salé. Selon la Cour des comptes, la conurbation de Rabat-Salé-Témara est insuffisamment dimensionnée pour accueillir l'ensemble des véhiculés motorisés en circulation, à savoir : 628 autobus exploités ; 325 autobus que compte le parc des administrations publiques ; 80 autobus affectés au transport scolaire ; 5443 taxis toutes catégories confondues. Le tout augmenté des véhicules utilitaires et des particuliers.

On note l'absence de couloirs d'exclusivité pour les bus et la répartition démographique inégale entre les différents quartiers de la ville conduisent au congestionnement du trafic routier. On propose entre autres de concevoir le réseau de transport sur la base d'études préalables, notamment à travers l'établissement d'un plan de déplacements urbains qui quantifie les besoins en déplacements actuels et futurs et trace les lignes directrices de la politique de transport selon une vision globale.


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«Les petits calculs l'emportent sur l'intérêt général»

Interview • Fouzi Chaab - Député et président de l'arrondissement de Rabat-Souissi

Quelle est votre évaluation du travail du conseil de la ville?

Le conseil de la ville n'a rien réalisé de concret pour le bien-être et pour le développement socioéconomique de Rabat. Les seules choses positives sont à mettre à l'actif du Souverain ou du gouvernement. Bizarrement, le conseil de la ville ne rate pas l'occasion pour s'en prévaloir.
Qu'il s'agisse du projet Bouregreg, du tramway, du transport en commun, de la décharge Oum Azza ou autre, le conseil ne faisait qu'applaudir.
Que les choses soient claires: la wilaya prépare et étudie les dossiers des grands projets, peaufine les détails et les procédures des marchés alors que les élus se contentent de voter suivant les directives qu'on leur donne.
Le maire ne gère que les choses courantes, les vrais dossiers sont entre les mains de la wilaya. Et c'est tant mieux! Les guéguerres entre le maire de Salé et celui de Rabat sur la décharge d'Oum Azza ont failli compromettre le projet. Lassé par tant de tergiversations, le ministère de l'Intérieur a donné ses consignes pour accélérer les choses. C'est un exemple parmi tant d'autres. Les petits calculs l'emportent sur l'intérêt des habitants!

Vous critiquez la mauvaise gouvernance. Concrètement, de quoi s'agit-il?

Pour commencer, il y a la concession de certains services qui se fait de manière absurde. Par exemple, la cession du droit d'exploiter le domaine public à la société Rabat Parking. On a permis à cette société délégataire d'immobiliser les véhicules des citoyens alors en cas de litige, le plaignant gagne le procès sans coup férir. A telle enseigne que certains rigolos, à l'approche de Aid Al Adha, faisaient exprès de stationner au-delà du temps autorisé afin de pouvoir intenter un procès à ladite société et obtenir les 3.000 DH de réparation. De quoi se payer le mouton de l'Aid, disent-ils, ironiquement.

Pour les jeunes, ils n'ont absolument rien produit. C'est un dossier qui me tient à cœur. Les rares projets (terrains de sports…) créés ont été initiés par S.M. le Roi. Je ne parle pas des millions de DH, destinés aux démunis, et qui sont détournés par les conseillers ou versés à ceux qui ne les méritent pas pour amadouer un certain électorat. Personnellement, j'ai toujours été contre l'approche consistant à distribuer des bons de denrées alimentaires pour combattre la pauvreté. Il fallait plutôt affecter ces millions de DH à des projets pour les jeunes.

A part Rabat Parking, que pensez-vous des autres concessions ?

Quand il était question de concéder la collecte des déchets solides, le conseil ne cherchait pas à défendre l'intérêt de la ville. Ce qui importait, c'est qui va devenir le président du comité de gestion. Personne ne se souciait du sort des employés qui vont se retrouver au chômage. S'agissant de la sélection de l'adjudicataire, la procédure n'état pas tout à fait transparente. Je peux dire que celui qui a remporté le marché est peut-être le moins disant mais pas le mieux disant. Je m'explique: les conseillers notaient sur la base d'un système absurde. Ils notaient suivant des considérations politiques et selon les consignes qu'ils ont reçues. La note était soit 20 soit zéro. Par contre, les techniciens notaient de manière raisonnable. D'ailleurs, la wilaya peut confirmer cela. Résultats: le moins disant et pas le mieux disant a gagné. Par exemple, on a proposé une meilleure offre que celle de Sita Beida, mais c'est cette société qui a eu le marché. Certes, celle-ci a proposé le meilleur prix mais à première vue seulement. Un autre soumissionnaire a proposé un meilleur prix compte tenu du nombre de tournées de collecte proposées.

Pensez-vous que le conseil de la ville fait son travail de contrôle en tant qu'autorité délégante ?

Il n'est que de voir les tas de déchets amoncelés partout pour comprendre qu'il n'y a aucun contrôle. Les sociétés délégataire font ce qu'elles veulent. Personnellement, je trouve que c'est logique: elles ont soudoyé les responsables pour avoir le marché, comment voulez-vous qu'elles soient contrôlées. Chacun a eu sa part du gâteau! Il faut être irréprochable pour demander à la société délégataire de respecter le cahier des charges! Donc, quand le marché a été attribué de manière opaque, on ne peut pas s'attendre à un service de qualité.

Propos recueillis par A.R.

Par Jihane Gattioui | LE MATIN

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