Le jardin d'essai de Rabat renaît de ses cendres
Le futur parc abritera de nombreuses espèces et variétés venues du monde entier
Bonne nouvelle pour les R'batis, amateurs des espaces verts et des balades fleuries. Le jardin d'essai, appelé aussi jardin botanique, sera réhabilité à l'occasion du réaménagement de l'avenue de la Victoire. Trait d'union entre la ville «nouvelle» et le quartier de l'Agdal, ce jardin de plusieurs hectares était, en effet, laissé à l'abandon depuis des années. «Entretenu» par l'Ecole d'agriculture qui le jouxte (aujourd'hui INRA), ce jardin très connu chez les botanistes, se meurt par manque de moyens et d'intérêt.

«Les vieux parcs et jardins se meurent les uns après les autres, et les nouveaux parcs immobiliers n'en finissent de vider la moindre parcelle de verdure», avait lancé à l'occasion du lancement des travaux, Hassan Amrani, wali de Rabat. «Sans parler de ces arbres, parfois centenaires, que l'on décapite de manière criminelle!», avait-il ajouté.
27 millions de DH ont été nécessaires pour réhabiliter ce petit trésor botanique, dont 15 millions alloués par le Fonds Hassan II. Pour Hassan Amrani, «nous avons peut-être sauvé le jardin d'essai et ses magnifiques nénuphars, mais il reste tant à faire à Rabat en matière d'espaces verts et de parcs». A l'image des jardins botaniques internationaux, le futur jardin abritera de nombreuses espèces et variétés végétales spontanées et horticoles venues du monde entier identifiées et réunies en collections. Le jardin englobe actuellement au moins 600 espèces ligneuses ornementales et fruitières d'origine diverses : locale, tropicale, subtropicale et désertique. Le projet prévoit l'enrichissement de ces ressources par de nouvelles espèces endémiques, rares et menacées d'extinction, exotiques (orchidées) et d'intérêt économique en l'occurrence les plantes aromatiques et médicinales dont l'exploration constitue actuellement une orientation prioritaire de recherche à l'INRA.
La conservation de la biodiversité est assurée dans le jardin botanique grâce à la conservation ex-situ. Le jardin sera doté à cette fin d'installations spécialisées pour l'acclimatation de nouvelles espèces introduites. Planté au cœur de la capitale, le jardin d'essai a été conçu comme un véritable poumon vert de la cité. Mais qui fut à l'origine de la création de cet espace ? Quelle est son histoire ? Et dans quelles circonstances naquit ce petit poumon vert bordé de part et d'autre par des barres de béton?
Jean-Claude Nicolas Forestier est le célèbre architecte paysagiste qui en fut l'initiateur dans les années 1914. Mais le jardin ne vit le jour dans son aboutissement final que durant les années 1927-1928, et Gaston Herbert, ingénieur horticole en a été son premier directeur.
A l'origine, ce jardin expérimental regroupait plus de deux cent cinquante variétés différentes d'arbres fruitiers et d'ornements, provenant des quatre coins de la terre. La réouverture est donc vivement attendue par tous les Rbatis, cependant les adeptes de la botanique devront prendre leur mal en patience, car «il n'y a pas de date précise de réouverture», nous dit-on, sinon que ces travaux de grande envergure prendront au minimum 6 mois. Rendez-vous donc l'été prochain pour batifoler dans les jardins de la capitale.
Végétaux
Quelles sont les espèces végétales qui existent dans le jardin d'essai? En matière de fleurs et de plantes, il y a des hoya (fleur tropicale parfumée de la famille des asclépiadacées), des cactus (symbole végétal de courage et de résistance), des hybiscus, des bougainvilliers, des orchidées, des paquerettes, des jonquilles, des échinocactus (une plante grasse de la famille des cactacées), du millepertuis (une plante reconnue pour ses vertus anti-déprime). Et cette liste est loin d'être exhaustive... Quant au sol: duver, lychens, sedum (le sedum est une plante basse et tapissante qu'on emploie pour la garniture de massifs et de bordures), herbe et gazon de diverses familles sont employés à recouvrir plusieurs mètres carrés. Aussi, le jardin d'essai de Rabat est l'unique lieu au monde à détenir des espèces végétales extrêmement rares du type «spathodea campanutata» ou encore le «brachyton rupestris».
D'ailleurs en parlant d'espèces rares, Dr Imane Thami Alami, directrice de recherche à l'Institut national de recherche agronomique (INRA) rappelle que «le jardin d'essai est le premier à avoir introduit l'avocatier au Maroc, comme il est à l'origine du développement des pépinières autour de la ville de Rabat en matière de plantes ornementales».
REPERES
Quelques faits marquants
1914: Nicolas Forestier célèbre paysagiste plante le premier arbre au jardin d'essai
1928: ouverture officielle du jardin par Gaston Hebert, premier directeur du jardin
1997: l'Association Ribat Al Fath signe une convention avec l'INRA pour la réhabilitation du jardin
2005: signature d'une convention entre l'INRA et le jardin botanique de Singapour
2007: signature de conventions avec le jardin botanique de Lyon, le jardin royal botanique de Madrid, et l'association japonaise «Japan Cherry Blossoms»
2008: fermeture du jardin pour réhabilitation
Par Firas Adawi | LE MATIN
Libellés : Social et Habitat, Vie de la cité


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