43ème anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka -Rencontre commémorative à Rabat
43ème anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka
L’enquête est toujours au même point.
Il y a 43 ans que le martyr Mehdi Ben Baraka a été enlevé puis assassiné. Après 43 ans de sa disparition, la vérité n’est toujours pas dévoilée.
Pour cet anniversaire, nous avons contacté Bachir Ben Barka qui nous a déclaré que le dossier est en stagnation et que l’enquête est toujours bloquée au niveau des deux pays concernés, à savoir le Maroc et la France.
La Commission rogatoire internationale ayant demandé que des responsables marocains soient entendus, n’a pas eu de suite, et les autorités françaises n’ont pas daigné saisir les autorités marocaines par cette décision, a-t-il souligné.
Il y a des possibilités réelles pour découvrir la vérité, car de hautes personnalités qui ont vécu cette période sont encore en vie, et leurs témoignages peuvent faire avancer ce dossier qui n’a fait que trainer. C’est un manque manifeste de volonté de la part des deux pays de révéler au grand jour toutes les zones d’ombre entourant cette affaire.
D’un autre côté, Bachir Ben Barka a souligné que la demande de la famille formulée aux autorités marocaines pour effectuer des fouilles au PF3, lieu de torture dans la région de Rabat, pour retrouver, peut-être le corps de son père, n’a pas eu de réponse.
Et à Bachir de s’interroger : «Pourquoi le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) dans sa quête de la vérité sur des disparitions forcées a-t-il effectué des fouilles dans certaines régions et pourquoi les autorités marocaines ne font-elles pas de même dans le cas de mon père?»
«Vu la situation actuelle qui est au point mort, notre combat se poursuivra, en France et au Maroc, par tous les moyens légaux pour connaître la vérité. Nous nous cramponnons au moindre filet d’espérance qui peut nous guider vers la vérité », a ajouté Bachir Ben Barka.
Concernant les déclarations des deux gouvernements relatives à ce dossier, Bachir qui a fait savoir qu’elles restent des déclarations d’intention et pas plus, a noté que sa famille et lui sont intéressés par du concret sur le terrain en mettant en œuvre les termes de la convention franco- marocaine qui fonctionne très bien dans d’autres cas, mais pas dans l’affaire de son père.
Faire éclater la vérité, toute la vérité sur cette affaire requiert une forte volonté politique. L’Etat doit s’impliquer dans toutes ses structures pour permettre à la justice d’avancer et de travailler de manière indépendante et courageuse.
« Si on veut vraiment parvenir à la réconciliation du Maroc avec son passé, la lumière doit être faite sur toutes les affaires liées aux années de plomb, notamment celle de mon père », nous a déclaré Bachir Ben Barka. Au lieu de faire progresser cette logique de réconciliation, on est en train de la faire reculer en occultant la vérité sur une affaire qui touche fondamentalement le peuple marocain et notre histoire.
Pendant longtemps, et avant 1999, on pensait qu’on cherchait à protéger certains amis au Maroc ou encore certains services français. Au bout de 43 ans, il est inimaginable, a-t-il indiqué, que l’on puisse encore invoquer cette protection alors qu’un certain nombre d’éléments d’analyse politique sont du domaine public. Aujourd’hui, il n’y a aucun tabou dans l’analyse de l’histoire politique marocaine.
Rencontre commémorative à Rabat
A l’occasion du 43ème anniversaire de l’enlèvement du martyr Mehdi Ben Barka, le Bureau de la section Agdal-Riad USFP organise aujourd’hui une rencontre à son siège, sis Rue Oued Souss, et ce à partir de 18 h.
Participeront à cette rencontre qui a pour thème « Mehdi Ben Barka, pensée et mémoire vivante… », Abdellatif Jabrou et Al Moussaoui Al Ajlaoui.
Larbi Bouhamida
43 ans d’attente
- 29 octobre 1965, 12h30. Mehdi Ben Barka est enlevé par deux policiers français, Louis Souchon et Roger Voitot, devant la brasserie Lipp, à Paris. L’opposant au régime marocain avait rendez-vous avec des cinéastes, Philippe Bernier, réalisateur, et Georges Figon, producteur, pour un projet de films sur la décolonisation. Il n'a pas réapparu et son corps n'a jamais été retrouvé.
- 30 octobre 1965. L’étudiant qui accompagnait Ben Barka avertit les autorités de l’enlèvement de l’opposant marocain.
- 2 novembre 1965. Deux journalistes de L’Express, Jacques Derogy et Jean-François Kahn, publient un article intitulé Les étranges coïncidences de l’affaire Ben Barka. Ses auteurs, qui ont mené l’enquête, ont rencontré Philippe Bernier, le frère de Mehdi Ben Barka et l’avocat de Georges Figon, Pierre Lemarchand.
- 5 novembre 1965. Le général Mohammed Oufkir, ministre marocain de l'Intérieur, quitte la France.
- 10 janvier 1966. L’Express titre en Une : J’ai vu tuer Ben Barka, un témoignage de Georges Figon, recueilli par les mêmes Jacques Derogy et Jean-François Kahn. Le scandale est révélé. La France lance un mandat d'arrêt à l'encontre du général Mohammed Oufkir, ministre marocain de l'Intérieur et chef des services secrets.
- 17 janvier 1966. Cerné par la police qui a ordre de le retrouver, Georges Figon se suicide. Sa mort confère à l’affaire sa dimension de scandale.
- 4 janvier 1966. Jean-Jacques Servan Schreiber, patron de L’Express, consacre à nouveau 18 pages à cette affaire, intitulées “A verser au dossier de l’instruction”. Le feuilleton de l’enquête fera la Une du journal cinq semaines d’affilée.
- 5 septembre 1966. Le procès des accusés dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka s’ouvre à Paris.
- 5 juin 1967. Le procès s’achève après le défilé de 167 témoins, dont l’équipe de L’Express. Il voit les seuls Antoine Lopez, chef d’escale à Orly et informateur des services secrets marocains (SDCE), et Louis Souchon condamnés à six et huit ans de réclusion. Le général Mohammed Oufkir et la bande à Georges Boucheseiche, un truand habitant à Fontenay-le-Vicomte, chez qui fut probablement exécuté Mehdi Ben Barka, sont pour leur part condamnés par défaut à la réclusion à perpétuité. Les relations franco-marocaines sont refroidies par cette affaire jusqu'à la retraite du général de Gaulle et l'élection à la présidence française de Georges Pompidou.
- 1972. L’affaire inspire un film à Yves Boisset, “L’attentat”.
Juin 2001. Des révélations d'un ancien membre des services de renseignement marocains, Ahmed Boukhari, publiées dans Le Monde (français) et Le Journal (marocain), relancent la polémique, confirmant l’implication du ministre de l'Intérieur de l'époque, Mohammed Oufkir.
- 2003. Un livre témoignage de l’ancien agent secret marocain Ahmed Boukhari accuse l'ancien ministre de l'Intérieur Mohammed Oufkir d'avoir poignardé Ben Barka et fait rapatrier son corps au Maroc pour le dissoudre dans une cuve d'acide.
- 2004. La famille de Mehdi Ben Barka souhaite une "décision définitive" de la France sur la déclassification du dossier couvert par le "secret défense" depuis 39 ans. Le fils de l’opposant marocain en fait la demande dans un entretien à Al Ittihad, journal de l'Union socialiste des forces populaires (USFP).
- 15 octobre 2004. La commission consultative française du secret de la Défense nationale approuve la déclassification des informations demandées par le juge Claude Choquet, chargé de l'enquête sur la disparition du leader de la gauche marocaine.
- 29 octobre 2008. 43e anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka. Pour la première fois au Maroc, une exposition sera organisée à Rabat à la mémoire du défunt.
Par Pauline Lecuit
Libellés : Vie de la cité


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