Le Maroc célèbre le 55e anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple
Le coup de force contre Mohammed V ou le déclenchement de la révolution patriotique nationale.
Quand le général Guillaume, résident général, exila le Roi et sa famille le 20 août 1953 et précipita le compte à rebours de l'empire colonial.
Il y a cinquante-cinq ans, le 20 août 1953 exactement, les autorités du Protectorat français au Maroc, avaient forcé feu Sa Majesté Mohammed V et ses enfants à s'exiler hors du Maroc pour installer à sa place un autre Roi, un «Roi potiche» du nom de Mohamed Ben Arafa.
La décision d'écarter le Roi et sa famille était en réalité un complot que le résident de France à Rabat, le général Augustin Guillaume, avait fomenté avec le pacha de Marrakech, Thami Glaoui, les caïds de la région, les membres de certaines confréries et les représentants de tribus alliés au protectorat français. Mohammed V qui avait accédé au Trône en 1927 après le décès de son père, le Sultan Moulay Youssef, avait acquis entre cette même date et 1953 une grande expérience politique et s'était imposé comme l'inspirateur, mieux comme le guide fédérateur du mouvement nationaliste et patriotique marocain alors incarné par de grandes figures comme Allal El Fassi, Mohamed Hassan Ouazzani, Abdelkhaleq Torres et plusieurs autres. Parce qu'il incarnait également la légitimité historique, son poids politique et sa popularité n'avaient pas manqué de mettre à l'épreuve les félons et leurs soutiens dans l'administration coloniale.
Le général Augustin Guillaume, qui avait par trois fois vécu au Maroc entre 1912 et 1952 comme militaire, ne pouvait se résoudre à ce que Mohammed V fût à ce point populaire et aimé par son peuple . Il voyait son prestige se renforcer et s'étendre dans les fin fonds du Maroc, les campagnes et les bourgs. Comment donc, le Prince effacé, écrasé encore en 1927 sous la férule de deux frères aînés, s'était-il transformé non seulement en Roi inventif mais en leader politique national ? Il ne pouvait non plus accepter que la profonde symbiose entre le Roi et son peuple pût si puissamment se transformer en un facteur politique propre à ébranler l'ordre colonial et en même temps donner l'exemple d'une administration militaire vacillante.
Il s'inclina devant les exigences du lobby colonial coalisé avec les tribus féodales de Marrakech, il mettra à exécution leur machiavélique plan pour écarter le Souverain et le remplacer par Mohamed Ben Arafa. Le complot du général Guillaume contre Mohammed V a commencé après sa désignation par le gouvernement français en 1951, en remplacement du général Alphonse Juin qui le recommanda au poste de Résident de France à Rabat. Coalition vicieuse d'intérêts véreux ? Plus grave que cela. Le lobby colonial français, agriculteurs, industriels liés aux milieux de l'extrême droite française, prétendus « oulémas » qui avaient vendu leur âme, collaborateurs de l'ordre colonial, caïds et pachas au service de Guillaume, formaient ainsi la « colonne armée » d'une conspiration redoutable qui n'avait de cesse de réclamer privilèges et de crier à l'exil et l'éloignement du Roi et de sa famille…D'une obscure réunion à des simulacres de pétitions, ils avaient fini par tracer un funeste plan que le gouvernement français, notamment un certain Georges Bidault, avait entériné en catimini.
Mais les forces libérales françaises et la gauche, dont François Mitterrand notamment, avaient crié au scandale et dénoncé la manœuvre. Le 20 août 1953, entre 6 heures du matin, heure à laquelle le Roi Mohammed V et ses enfants furent brutalement réveillés et arrachés à leur sommeil, ensuite vêtus seulement de simples jellabas, et 14 heures, une page de l'histoire du Maroc était tournée. Le petit avion qui attendait à Salé avait embarqué la Famille Royale vers Ajaccio en Corse avant l'éloignement total à Antsirabé, à Madagascar. C'était déjà le compte à rebours colonial….
Par Hassan Alaoui | LE MATIN
Libellés : Aménagement du Bouregreg, Vie de la cité

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