14 juil. 2008

Rabat : les failles de la capitale


Vers l'élaboration d'un Schéma régional de l'aménagement du territoire.

«La capitale semble connaître un certain nombre de failles malgré les efforts fournis». C'est ce qui ressort d'une étude réalisée par le Centre des études historiques et environnementales rendue publique dernièrement à Rabat.

Cette étude dresse l'état des lieux de la région de Rabat en vue d'élaborer un Schéma régional de l'aménagement du territoire de ladite région. Ce schéma constituera un cadre de référence et de cohérence des actions et des différents schémas sectoriels et de développement réalisés dans la région. «Il s'agit là d'élaborer un document d'aménagement du territoire régional ayant une visibilité de 20 à 25 ans qui permettra de décliner une stratégie concertée de développement avec les acteurs locaux», avait souligné, lors de cette rencontre, Rajaa Chafil, inspecteur régional de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement de l'espace.

Mais avant d'élaborer ce schéma, il a fallu donc s'arrêter sur les dysfonctionnements que connaît la capitale du Royaume à travers un diagnostic sectoriel et territorial. Ce diagnostic révèle notamment une inadéquation entre la taille, la qualité des équipements et le rôle assigné à la région, un manque important de coordination entre les réseaux et une désarticulation du transport intra-urbain et interurbain. D'où une concentration des habitants dans les centres urbains et par là une augmentation vertigineuse du prix de l'immobilier. L'étude relève également des difficultés d'accessibilité aux espaces ruraux et aux quartiers périurbains.

Par ailleurs, le même document souligne un manque important d'infrastructure. Ainsi, on apprend que les équipements hydroélectriques sont destinés à l'irrigation du Gharb et à l'alimentation des zones côtières en eau potable. Par conséquent, le taux d'accès à l'eau potable en milieu rural reste faible (59% à Salé, 50% à Khemisset et 75% à Skhirat-Témara). Le taux d'accès à l'électricité, hors des centres ruraux et urbains, est également bas, notamment pour la province de Khemisset et la préfecture de Skhirat-Temara (PERG). Quant aux taux de raccordement au réseau d'assainissement, il reste faible ou inexistant, notamment au niveau des zones côtières et rurales (fosses septiques).

S'agissant des équipements sanitaires, la région dispose de 4263 lits hospitaliers, soit 14% de la capacité nationale. Néanmoins, l'étude révèle un déséquilibre dans la répartition entre les centres urbains, et entre l'urbain et le rural (71% des médecins sont concentrés à Rabat) ; un sous-équipement de certains établissements de santé, notamment ruraux ; et un faible équipement en laboratoires spécialisés (recherche médicale, recherche pharmaceutique....).

Par ailleurs, l'enquête met l'accent sur le taux d'analphabétisme dans la région qui reste très élevé, à en croire les statistiques. En effet, 32,2% de la population de la région est illettré. «Il faut le souligner, les disparités socio-spatiales en terme de scolarisation subsistent encore. L'espace rural reste plus défavorisé que l'urbain et les filles le sont souvent plus que les garçons. Il faut dire aussi que l'effort de recherche n'accompagne pas le développement régional et national et que l'inadéquation des moyens de transports, notamment interurbains, constitue un handicap pour les élèves et les étudiants, d'où la nécessité de renforcer la quantité et la capacité d'accueil des internats, des cités et restaurants universitaires», affirme Mohamed Ait Hamza, directeur du Centre des études historiques et environnementales.

L'enquête montre, par ailleurs, une dominance du secteur des services et un déficit en logement qui conduit à la prolifération des bidonvilles et des quartiers sous-équipés. «Nous avons constaté que certaines villes manquent de centralité, notamment Témara», ajoute Mohammed Ait Hamza. La région serait également en manque d'équipements de base, notamment la voirie, les gares, les espaces verts et les lieux de loisirs ; d'où la nécessité de requalifier l'espace urbain, lit-on dans cette étude. Une requalification qui doit passer par trois actions phares. Il s'agit d'abord d'agir sur les infrastructures (transports /projets autoroute, TGV, Tramway…), de requalifier les territoires afin de renforcer leur compétitivité (projet Bouregrag, Corniche, Technopoles…) et enfin de faire participer tous les acteurs en les responsabilisant.
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Absence de structures Malgré un potentiel naturel diversifié dont regorge la ville de Rabat (mer, montagne, vallées, flore et faune) et un potentiel historique et culturel important caractérisé par l'existence d'anciennes médinas, monuments, sites archéologiques, théâtre, musées, artisanat et une infrastructure socio-sportive relativement importante, les infrastructures hôtelières restent très modestes.

Selon l'étude, il existe seulement 39 hôtels classés dans la région de Rabat disposant de 4591 lits dont 93% sont situés à Rabat Skhirat-Témara. Ainsi, l'arrière-pays reste à l'écart de cette activité à l'exception de Oulmès. Mais le potentiel sous-exploité n'est pas le seul handicap qui freine le développement du tourisme dans la région.

En effet, la capitale et ses régions souffrent également de l'absence de structures orientées vers le tourisme national (hôtels de plein air, bungalows, mobil homes....). En outre, il existe un sérieux problème des transports (capacité insuffisante de l'aéroport, faiblesse des transports interurbains, fréquence des trains, désarticulation). Ainsi, la capitale, considérée toujours comme une zone de passage, reste marginalisée dans les programmes touristiques nationaux.

Par Yousra Amrani | LE MATIN

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