23 juin 2008

Massacre à la tronçonneuse à Agdal


Plus d'une vingtaine d'arbres rasés devant la future Bibliothèque nationale

Pour répondre aux défis environnementaux tels que le réchauffement de la planète, la perte de la biodiversité et le problème de la disponibilité en eau potable, le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et le Centre mondial d'agroforesterie (ICRAF) ont lancé, lors de la réunion sur la convention du climat à Nairobi en 2006, une campagne de plantation d'un milliard d'arbres.

Cette initiative internationale de reboisement visant à responsabiliser les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics pour faire face au défi du changement climatique, a maintenant comme but de planter sept milliards d'arbres.
Autre moment pour sensibiliser le public à la lutte contre la déforestation, la célébration chaque année de la «Journée mondiale de l'arbre», qui a été l'occasion du lancement, ce jour-là, d'un «arboretum» initié par l'Association des amis des jardins exotiques de Bouknadel (ASAJEB) et la Fondation Mohammed VI pour la protection de l'environnement qui ont invité plusieurs enfants à venir planter chacun un arbre.

C'est dans ce contexte de sensibilisation à la protection de l'environnement que les responsables du chantier de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc à Rabat ont rasé au moins 26 arbres laissant derrière eux un spectacle d'amertume et de désolation. «C'est vraiment un massacre!», «C'est un scandale!», lancent des défenseurs de la nature venus voir de près ce “crime écologique''. Autre condamnation, celle d'une militante écologiste qui dénonce les violations de l'environnement dans notre pays. «La nouvelle Bibliothèque de Rabat, dans l'Agdal, se découvre petit à petit aux passants, moderne et spacieuse. Mais est-ce pour pouvoir mieux admirer le style de ce bâtiment que la vingtaine d'arbres ont été tronçonnés ? », indique-t-elle.


Selon une source proche de ce dossier, ces arbres ont été supprimés pour dégager la vue sur l'esplanade de la nouvelle Bibliothèque.

Pour se renseigner davantage sur cette affaire selon elle, il faut plutôt s'adresser à la Direction des travaux publics. Contactée, cette division rejette toute implication dans ce dossier et conseille de voir du côté de la wilaya de Rabat. Celle-ci nous livre une autre explication. «Si ces arbres ont été abattus, c'est parce qu'ils se trouvaient sur la plate-forme du projet du tramway dans la capitale. Les laisser à leur place, c'est donc condamner les autres palmiers situés du côté droit de la voie Ibn Khaldoun. Par ailleurs, ces caroubiers qui souffrent d'un vieillissement avancé ne sont pas transplantables», répond Mustapha Bennaoui, responsable des Espaces verts et des plantations de la ville de Rabat.

Pour départager ces deux versions, une enquête devrait être lancée pour déterminer la responsabilité des auteurs de cet acte puni par la loi. Car il faut savoir qu'il existe bien une législation protégeant l'arbre en milieu urbain. «Pour abattre, déplacer ou transplanter un arbre, il faut d'abord que l'intéressé présente une demande exposant les motifs de ce déplacement (entrée de maison, de garage, de magasin, etc.). Une commission locale se déplace sur les lieux pour un constat et une prise de décision. S'il y a gêne, les parties concernées de la ville se chargent de l'abattage ou du déplacement. Si aucune destruction n'est justifiée par la commission, il est demandé à la personne concernée de s'abstenir de toucher l'arbre sous peine de poursuite légale.

«Les palmiers, quant à eux, bénéficient d'un privilège spécial accordé par un dahir royal», explique un responsable de l'environnement.
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Dégradation…
Les forêts sont des maillons essentiels de la chaîne de la vie. Elles jouent un rôle vital dans la régulation des climats et du cycle de l'eau et sont des écosystèmes les plus riches et utiles de la planète. Selon les scientifiques, les forêts du monde renferment plus de 50 % de la biodiversité terrestre. Or, la dégradation de la forêt se poursuit à un rythme inquiétant. Chaque semaine, 200.000 hectares de forêts tropicales disparaissent.

On estime que 20% des gaz à effet de serre émis dans l'atmosphère proviendraient de la déforestation. Une exploitation forestière peu respectueuse de la nature et de l'Homme, ainsi que des coupes pour installer des plantations industrielles, telles que le palmier à huile et le soja, sont les causes principales de ce phénomène. Les zones tempérées et boréales subissent, elles aussi, des pertes importantes de leur biodiversité. Les besoins croissant de l'Homme pour des produits qui pourtant devraient être écologiques et renouvelables par excellence (bois, papier, liège…), sont aujourd'hui le moteur de la disparition accélérée de la biodiversité et de la déstabilisation du climat.

Par Rachid Tarik | LE MATIN

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