8 mars 2008

Mardi, le conseil de la ville de Rabat débat de l’affaire du Fath


L’USFP se dresse contre “l’arbitraire”

Tout commence avec le projet de cession d’un terrain de 10 hectares coincés entre l’avenue Ibn Khaldoun et Ibn Hazem, au cœur de la capitale, à quelques encablures de Bab Rouah et un jet de pierres des facultés. Le Palais Diafa est à proximité. La Bibliothèque nationale et la Fondation Hassan II, ce centre de loisirs des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur aussi. Un petit bois vient s’ajouter à cet environnement qui tient de l’image d’Epinal. « C’est le plus beau terrain de Rabat », s’exclame un édile de Rabat. C’est justement ici que depuis plus de 40 ans des clubs de sport –dont le FUS et son stade, l’OM, les Boules, l’ASR- ont planté leurs tréteaux et bâtit leurs locaux. « L’occupation de ces terrains, qui ne sont pas titrés, s’est faite sans contrepartie à la ville. D’ailleurs la ville ne possède plus rien. En 2002, 8 hectares sur ce triangle ont été cédés au ministère de la Culture pour la construction de la nouvelle Bibliothèque nationale », explique-t-on du côté de la mairie.
Ce sont donc les 10 hectares où sont construits tout à la fois des petits clubs, le stade du FUS, la Fondation Hassan II en plus du petit bois que gèrent les Eaux et Forêts qui sont aujourd’hui objet d’un litige politique depuis que Mounir Magidi, heureux acquéreur du Fath et super gestionnaire de la société FUS Développement –une société où l’on retrouve la CDG, bras financier du Royaume- a fait part de son souhait d’acquérir ces fameux hectares et d’en déloger les occupants. En contrepartie, la société met une vingtaine d’hectares à la disposition du conseil de la ville. Pour les dirigeants de la mairie, c’est du pain béni. FUS Développement acquiert ces terrains au dirham symbolique –officiellement, ils n’appartiendraient pas à la ville- et construit des clubs flambant neufs et équipés ailleurs, dans la périphérie de Rabat, probablement à Boustane, un lotissement de Hay Ryad. « Et le conseil de la ville ne débourserait rien dans cette opération ! De plus, notre politique a été depuis le début de délocaliser les centres de sports et autres stades, en les déplaçant du centre-ville pour des raisons de sécurité», soutient un édile de la majorité tout en pointant la vétusté des locaux actuels. Et aux dernières nouvelles, la Fondation Hassan II, le stade Belvédère et les Eaux et Forêts ont donné leur accord pour cette opération.

« Les élus ne sont pas les acteurs d’une pièce
de théâtre »


Dans les rangs de l’USFP, opposition toute militante de la mairie de Rabat, on crie au scandale. Cette opération ne saurait justement se résumer à une simple transaction commerciale. « Le Fath a une histoire. Il fait partie du patrimoine de la capitale et chaque R’bati s’identifie à son équipe, le FUS. Personne n’a le droit de tuer la mémoire de toute une ville. Et c’est justement à la ville de procéder à la réhabilitation de ce site historique. C’est au conseil de la ville de revaloriser ce site qui est dédié, conformément au plan d’aménagement, aux sports et aux loisirs », s’indigne un édile usfpéiste. « Et si ces terrains n’appartiennent pas à la ville, pourquoi alors en discuter en session du conseil de la ville ? », s’interroge un autre Ittihadi qui siège au sein de cette instance.
Si la perte de repères face à une mémoire collective que l’on assassine à coup de projets immobiliers et commerciaux clinquant de modernité est au cœur des préoccupations des Ittihadis, ces mêmes élus en appellent aussi et surtout au respect du rôle des institutions. « En tant qu’élus, nous avons le devoir de participer au remodelage du paysage urbain. D’ailleurs nous avons été élus à ce titre : donner une plus-value à la gestion, y compris urbaine, de la ville. A Rabat, ce n’est pas exactement ainsi que les choses se passent. Les élus sont loin d’être associés aux grands projets de la ville. On les appelle juste pour approuver des projets prêts à être appliqués. Pas question d’être les acteurs d’une pièce de théâtre. Nous refusons de nous inscrire dans une vision exclusivement technocratique qui ne jure que par le profit et la rentabilité. Nous avons décidé de nous élever contre ces méthodes arbitraires », affirme haut et fort un autre élu communal du parti de la Rose.

Les Usfpéistes du conseil de la ville de Rabat ont choisi de faire de la résistance, jusqu’au bout. Le manque de transparence s’invite au débat. Quels sont les projets de ceux derrière « FUS Développement » ? En plus clair, quelles sont les intentions urbanistiques, commerciales et immobilières de Magidi -6M pour les langues de vipère, Maître du Monde » ?

Dans l’entourage du maire de Rabat, on s’empresse de répondre en arguant que le projet de cession émane bien de la mairie. « Il y a quelques mois, nous avons ouvert les discussions avec FUS Développement pour trouver une solution pour le déplacement de ces clubs qui doivent de toutes les façons quitter le centre-ville car telle est la stratégie de développement de la capitale. FUS,Développement a répondu à notre proposition, se disant prêt à contribuer à cette opération de délocalisation. La société met à disposition du conseil de la ville une vingtaine d’hectares, construit de nouveaux locaux pour les clubs et les cède à la ville », explique le maire de Rabat, Omar Bahraoui, visiblement convaincu de « faire une affaire à un coût zéro».
Mardi, la session du conseil de la ville s’annonce houleuse. Les Usfpéistes sont bien décidés à ne pas en découdre. La délocalisation du FUS et autres clubs et la cession de terrains ne passeront pas comme une lettre à la poste, promettent-ils, main sur le coeur. Il en est de même pour la gestion déléguée du stade de Hay Nahda, qui porte désormais le nom du Prince Héritier Moulay Al Hassan, et pour laquelle FUS Gestion, une des toutes nouvelles sociétés du Fath que préside Mounir Magidi, se porte candidate.«C’est tout le problème des institutions et de leur place dans la vie des citoyens qui se pose. Il faut choisir entre l’Etat de droit et le principe de la figuration que nous ne saurons accepter», conclut un Ittihadi du conseil de la ville.


Narjis Rerhaye

Libellés : ,