Pour fêter l'Aïd El Kébir, Rabat va être désertée ...
La ville se vide comme on vide une coquille. Dans quelques jours, Rabat sera calme comme un vieux marabout dans la campagne. Plus de fumée, plus de gaz carbonique. Chauffeurs de taxi, livreurs, serveurs et prolétaires, rejoindront leur région natale où ils fêteront comme il se doit Aïd El Kébir qui porte bien son nom.
Bien avant le jour « J », des ouvriers du bâtiment, abandonnant les chantiers dans un décor surréaliste, ont déjà pris le car, à l’heure où nous mettons sous presse, pour Zagora, Imintanout ou Sidi Frej. Dès le dimanche dernier, on a vu des femmes au foyer, revenir avec leur fille aînée avec des sacs de mica noire - pourquoi renoncer au panier ! - plein de provisions. Cette « liqama » qui fait danser les plats : sel, poivre, cumin, piment, skinjbir et autre tête de l’épicier - traduisez SVP - Bien après l’aïd, 10 à 15 jours, il y aura encore un air de fête. Comme l’après Ramadan, les chauffeurs de taxi ne reprendront leur service qu’une semaine, voire une dizaine de jours après, le « boulfaf », les tripes maison et « lamroziya ». Et dire qu’avec les pluies insuffisantes, on a raconté qu’on allait se passer du mouton. Tu parles ! On l’aurait fait venir de Nouvelle-Zélande ou de Normandie... On ne badine pas avec la fête des pauvres. stop.
4 fonctionnaires de la Cour d’Appel ont été présentés à la justice pour détournements de deniers publics - on parle encore de deniers comme du temps de la monnaie romaine - ces serviteurs de l’Etat se servaient sans modération, dans les tiroirs de la justice croyant que ça passerait inaperçu. A la prison de Salé où ils attendent leur jugement, les gardiens leur ont réservé un accueil froid. Quand la justice juge les siens c’est bon signe. stop.
« Vie carcérale » titre d’un quotidien de la place. Bonne initiative que celle, d’accorder une bonne place, aux prisons, un sujet longtemps ignoré. Le Maroc est devenu un pays exemplaire depuis trois ans, la presse n’oublie pas la détresse des détenus quelque soient les motifs qui les ont jetés dans les geôles. Reste le cas du champion Boulaïche, enfermé pour une sale histoire qui n’a pas reçu l’autorisation de se marier. Un problème humain qui sera certainement résolu par le nouveau ministre de la Justice. stop.
Bir Kacem. Rue Zerhoun. Après le départ du gardien du jour il n’y aucune relève. Résultat : la rue devient un repaire pour les agresseurs à pied ou en moto. D’autant plus que les candélabres n’éclairent rien du tout. stop.
Rue Jazirat El Arabe ex-Poitiers - quel cynisme d’avoir baptisé cette rue ainsi sous le protectorat ! - il y a toujours obscurité. De plus, le collège At-Tadili, avec ses fenêtres grillagées, ressemble à une maison de redressement du début du siècle. Après ça, on veut que les élèves évoluent dans une atmosphère saine ? stop.
A force de boire du lait sans le goût de la ferme, bien des enfants ne connaissent pas exactement ce que peut donner une vache. Actuellement il y a sur le marché des berlingots de lait qui n’ont même pas le goût d’un semblant de hlib, celui qui donne l’impression de se nourrir réellement avec cet arrière goût de crème onctueuse. Heureux le fellah qui offre à ses enfants, chaque matin, du lait sans eau et sans youyou. Heureux également l’enfant de la ville qui attend chaque matin, le porteur de lait qui arrive tous les jours de bonne heure avec ses bidons de hlib frais recueilli dans les dernières fermes autour de Rabat. De Sidi Allal El Bahraoui où le m2 n’a pas encore subi les assauts des promoteurs immobiliers à Aïn Atig où il y a encore des petites zribates à prix abordables. stop.
Beau retour de « l’éternelle » Hajja Hamdaouia qui a su traverser les générations sans rien perdre de son aura, ni de sa prestance. Vendredi dernier à l’Amphitrite à Skhirat, la diva, qui avait fait les beaux jours du Farah à l’Hôtel Tour Hassan pendant les années 60 et 70, a ébloui une assistance particulièrement charmée par cette artiste hors pair qui a toujours sur faire aimer et apprécier la chanson populaire par les jeunes et moins jeunes. Opération réussie par Ahmed Gharbaoui, gérant de la boîte de nuit de l’Amphitrite. stop
Potes potins. A l’Alsace sans la Lorraine, Lahcen Afif, batteur des seventies, musicien militant, propose son et musique de 14h à 18h30. De quoi passer un bon après-midi. C’est une nouveauté à Rabat, les après-midi sont mornes. Les cafés et tout le reste devraient offrir à leurs clients des journaux, des magazines, de la musique, des films - le satellite n’offre que l’embarras du choix - des petits gâteaux voire des spectacles, poésie ou luth - c’est pas interdit etc. etc. pour en finir avec la stupéfiante oisiveté et « taassar »... stop.
Comme le taximan de Zagora qui quitte Rabat pour quelques jours, « Télégramme » part en congé. On a encore beaucoup de choses à se dire en cette fin d’année mais votre humble serviteur va s’occuper un peu de ses rhumatismes. Il y a un temps pour tout. Il reviendra en forme dans la 2ème semaine de l’année 2008...nordine ben mansour.
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