Rabat se dotera d'un musée archéologique national


Libération (Casablanca)
22 Mai 2007
Publié sur le web le 22 Mai 2007
Philippe Picard
Depuis quelques années, les Rbatis curieux se demandent à quoi peut bien servir l'étrange maison blanche de l'avenue Mohamed V. Unique villa du centre-ville, elle ne passe pas inaperçue.
Située sur un vaste terrain à deux pas du Parlement, aussi propre que solitaire, où jamais aucune porte ne s'ouvre ni un seul volet ne se lève, cette jolie demeure de style colonial qui abrita jadis le ministère des Communications accueillera d'ici 3 ans le Musée national d'archéologie.
L'actuel musée archéologique de Rabat, dont l'ambition demeure surtout d'envergure municipale, a vu sa création dans les années 30. A l'origine, ce qui n'était qu'un service des Antiquités en 1924, est devenu par la suite le premier musée au pays, et depuis, l'un des plus grands au Maroc. Toujours situé sur la rue Brihi, le musée est depuis ses débuts installé dans les mêmes locaux.
«C'est une idée de Sa Majesté Mohamed VI, qui a proposé cette solution pour utiliser la magnifique demeure inhabitée depuis des années. C'est une façon de faire d'une pierre deux coups, car cet édifice est aussi un trésor de notre patrimoine national», souligne Samir Raoui, conservateur du Musée archéologique de Rabat.
«Ce que la majorité des visiteurs ignorent, c'est que les archives et dépôts du Musée regroupent près de trois fois plus de pièces que celles visibles dans les salles s'exposition», explique-t-il. Le noyau du musée consiste en des trésors antiques découverts lors des fouilles réalisées à l'époque du Protectorat sur les sites de Volubilis, Banassa et Thamusida. Les statues les plus célèbres sont sans doute les bustes du roi mauritanien Juba II et Caton, mais les pièces maîtresses du musée demeurent les bronzes nommés l'Ephèbe couronné, le Vieux pêcheur, et le Chien dit de Volubilis. L'installation du Musée sur l'avenue Mohamed V nécessite un réaménagement complet de la luxueuse villa et doit prévoir une utilisation maximale du jardin qui s'étend sur une superficie d'un hectare. «L'architecte, Zakaria Raffari, qui travaille en étroite collaboration avec les archéologues, a présenté en 2006 les devis du projet devant une délégation de l'Union européenne et l'Université Mohamed V-Souissi II. Les plans sont maintenant terminés et les travaux fins prêts à débuter», annonce fièrement Raoui.
Pourquoi autant de temps avant de voir le projet se concrétiser ? «Les milliers de pièces encore non inventoriées constituent la plus grande part du travail à accomplir», selon Raoui. D'après lui, il faut d'abord répertorier les articles et organiser les fiches techniques informatisées, ce qu'un déménagement trop hâtif pourrait compliquer. «Les travaux de reconception de la scénographie et l'élaboration de nouvelles vitrines représentent un investissement déterminant pour le succès d'un musée, mais une telle entreprise doit savoir se construire par étapes», précise-t-il.
«Vu l'acquisition de nouvelles collections au fil des ans et la volonté politique d'offrir une place de choix au musée, un déménagement de nos installations vers un endroit stratégique s'avère véritablement une nécessité», juge Raoui. Dans ce cadre, Raoui considère que la protection des biens patrimoniaux consiste aussi bien en leur mise en valeur, qu'en un entreposage décent vers des lieux suffisamment grands. «L'initiative du ministre de la Culture, Mohamed Achaâri, qui souhaite la construction de plusieurs musées, a apporté son appui dès le début à l'initiative du déménagement», poursuit-il.
Décidément, évoque Raoui, une vie meilleure attend le Musée archéologique de Rabat. «Le réaménagement donnera une impulsion nouvelle à la longue existence du musée. La dimension pédagogique étant essentielle, nous sommes actuellement en pourparlers avec les directeurs régionaux du ministère de l'Éducation pour y envoyer, vers ce nouveau musée en devenir, des classes d'élèves déterminées», évoque-t-il.
«Bien que durant les trois prochaines années beaucoup d'eau coulera sous les ponts, et qu'aucun montant n'ait été encore avancé, j'ai confiance au succès de la démarche qui a été positivement enclenchée», affirme le conservateur.
le musée archéologique actuel

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