Le conseil municipal de Rabat bat en brèche les règles démocratiques

La majorité a voté pour qu'on ne parle pas.
La réunion du conseil municipal de Rabat, tenue la semaine dernière, a laissé un arrière-goût d'absence de démocratie. Loin de toute pratique démocratique, le conseil municipal a certes réussi à faire adopter le compte administratif, mais la question est de savoir dans quelles conditions il l'a fait. D'abord les faits : les résultats du fameux rapport de la Cour des comptes ont plané sur cette réunion qui a été présidée par le maire Omar Bahraoui et le wali de Rabat-Salé-Zemmour-Zaêr Hassan Lamrani.
Un rapport qui fait apparaître certaines irrégularités en matière de gestion, notamment concernant l'octroi des bons d'essence à des personnes n'ayant aucune relation avec la municipalité, l'offre d'appartements, initialement réservée au relogement des habitants démunis, à des membres de la municipalité, l'octroi de subventions à des associations présidées par des conseillers municipaux etc.
Sans trop s'attarder sur les différents éléments de ce rapport qui connaîtra la suite décidée par la Cour des comptes, il faut toutefois souligner que le maire de Rabat a réussi à banaliser ce rapport d'audit et partant, à convaincre les conseillers, du moins la majorité des 81 membres, qu'il était inopportun de le discuter lors de cette réunion.
Plus que ça, « Omar Bahraoui, était même allé jusqu'à taxer la cour des comptes d'incompétence », comme l'a souligné à Libé Rachid Balafrej, membre du conseil municipal. Face à cette situation, et après une première liste d'intervenants, l'USFP, représenté par 18 membres, a demandé l'ouverture d'une deuxième liste pour pouvoir commenter ce qui a été dit. Et là, surprise, cette demande a provoqué un véritable tollé au sein de la majorité qui a exprimé son refus de voir l'opposition communiquer son point de vue.
a exprimé son refus de voir l'opposition communiquer son point de vue.
Résultat : l'USFP a proposé un vote pour dire s'il faut ouvrir ou non une deuxième liste. Le résultat est bien entendu connu d'avance. « La majorité a voté pour qu'on ne parle pas. Un conseil qui refuse de débattre, cela nie toute idée de démocratie et de participation locale », a ajouté Rachid Balafrej. L'explication est simple, on souhaitait faire passer le compte administratif sans trop de branle-bas et c'est ce qui a été fait. La morale des choses, «est que la charte communale est impraticable dans les conditions actuelles. Les collectivités locales n'ont ni les moyens humains, ni matériels d'appliquer la charte », martèle notre responsable communal. En effet, «le système électoral actuel ne crée pas de majorité. Et en l'absence de majorité, personne ne peut avoir la légitimité démocratique. Et dans un système non démocratique, se pose aujourd'hui le problème de la réadaptation de la charte nationale », conclut Rachid Balafrej.
Maria Senhaji
Libellés : Vie de la cité

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